La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE légendaire de mille et trois, et certainement ses forces furent épuisées avant sa curiosité. Quels que soient les caractères mentaux et moraux de la préférence et quelque élevés qu'ils soient, la préférence psychologique pure, le pur amour d'un individu pour un individu de sexe différent, déterminé uniquement par ces caractères et par leur degré d'élévation, n'existe que fort rarement et'à l'état d'exception. Ce à quoi rêvent les .jeunes filles n'est pas d'épouser un homme très intelligent ou très bon, mais un beau garçon. Non qu'elles fassent fi des qualités de l'esprit et du cœur, mais les qualités physiques du conjoint rêvé tiennent la premicre place dans leurs préoccupations. Les autres qualités viennent ensuite et comme subsidiairement, bien que, dans tous les discours et propos, recueils de paroles conventionnelles enfilées dans le chapelet des préceptes et proverbes, les qualités intellectuelles et surtout morales aient le premier pas. Il est on ne peut plus naturel qu'il en' soit ainsi. Les impressions perçues directement par nos sens sont toujours p·lus immédiates et plus impérieuses que celles qui se forment par images et par réflexion dans no1re entendement. Il y a dans les premieres une spontanéité et une force qui n'existent pas dans les secondes. A cette spontanéité puissante quelle résistance issue de la réflexion peuvent opposer les jeunes organismes humains chez qui les sens sont en pleine exubérance, alors que la faculté de peser, de comparer, de penser en un mot, à peine formée, ne peut se frayer un chemin dans le tumulte de la sève animale. C'est donc sur des manifestations physiques extérieures et des impressions éprouvées par ces manifestations que se formeront tout d'abord les sentiments qui détermineront la préférence, et les impressions produites par les manifestations mentales et morales ne viendront qu'après, étant d'ailleurs moins immédiatement perceptibles et appréciables et s'offrant à des esprits peu préparés pour les percevoir et les apprécier sinon par dessus tout, du moins avant tout. On sait, en effet, constater d'un coup d'œil la différence qui sépare une Vénus d'une fée Carabosse : mais pour ce qui est de savoir si la Vénus, que son aspect extérieur a naturellement fait préférer à la Carabosse, est une virago ou un ange, si elle est sotte ou intelligente, c'est une affaï°re qui demande de la sagacité et ensuite un peu plus de temps que l'espace d'un coup d'œil. Combien, avant d'avoir constaté les caractères intellectuels et moraux, ont été assez impressionnés par les caractères physiques pour s,.,engager de manière à ne plus pouvoir même songer à reculer, à ne plus même avoir le désir d'y songer! L'uniforme et niaise éducation que l'on donne aux jeunes filles françaises n'est pas pour aider aux facultés de discernement des jeunes gens en matière de qualités morales et intellectuelles. Une jeune fille bi_enélevée a la même atti-

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