LA FAMILLE IDÉALE soient relégués à l'arricrc-plan ou même disparaissent complL:tcmcnt pour un temps plus ou moins long. Si les mobiles qui constituent les conditions physiologiques de la prcfércncc nous sont plus difficilement analysables que ceux qui constituent les conditions psychologiques et sociales, cela tient à cc que l'humanité, dans sa marche tâtonnante vers la connaissance, a jusqu'à présent plus raisonné qu'observé et plus déduit qu'expérimente. D'autre part, et pendant trop longtemps, l'humanité, dans son élite pensante, a eu le souci, trcs noble en soi, mais absurde dans la pratique et dangereux dans les conséquences, de différencier essentiellement notre espèce des autres espèces animales. Les morales et les religions ont exprimé ce souci par une guerre constante à la nature et cc n'est que depuis fort peu de temps que les sciences naturelles en s'annexant la psychologie en ont fait le complément nècessaire de la physiologie, et non son contraire comme l'avaient faite les métaphysiciens, les thfologicns et les moralistes. Comme l'acte de reproduction de l'cspcce est cc qui nous différencie le moins des autres animaux, on conçoit que c'est surtout cet acte qui a été l'objet de l'attention dc':fiantc et même hostile des penseurs du passé; de là vient que l'amour est encore aujourd'hui réputé le plus inanalysé de nos sentiments, une éducation héréditaire nous ayant empêchés d'aborder le problcme par l'étude préalable de ses conditions physiologiques. Parmi ces conditions, celle qui nous distingue le moins des animaux est en même temps celle qui agit le plus faiblement sur nous, et en cc point nous pouvons immcdiatemcnt mesurer la distance qui nous sépare d'eux. Et cependant elle agit encore, comme pour nous rappeler l'humilité de notre origine. Il s'agit, on l'a compris immédiatement, de l'odorat. Chez le sauvage et sa sauvagcsse, ce sens est sans cesse exercé, comme d'ailleurs les autres s.cns, puisque leur activité doit suppléer à l'insuffisance cérébrale et leur assurer leur maintien au milieu d'une nature hostile dans la plupart de ses produits et de ses phénoménes; leur contact est donc en premier lieu une subodoration, et ils trouvent certainement insupportable la fadeur de peau de ces Européens qui, depuis tant de siècles, se lavent tous les jours. Que si ceux-ci, explorateurs ou commerçants, se relâchent parmi ceux-là de leurs soins de propreté, il y aura encore entre eux et les primitifs un écart : au même degré d'incurie hygiénique que le négre, le blanc n'a pas la même odeur que lui. Tout le monde sait que le négre le plus adapté à notre civilisation garde toujours une odeur sui generis assez forte pour nous être perceptible; cette odeur sera toujours préférée à la nôtre par la négresse même la plus adaptée à notre civilisation. Entre blancs, également, sauf dépravation, curiosité ou Iittérature qui les porte vers le décevant exotisme, l'attraction olfactive, si atténuée
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