La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE rieur mouYcÎm:nt instinctif qui, l'habitude aidant, ne monte même pas au cerveau pour s'y traduire en une penscc précise de possession possible. D'autres hommes pensent en chiens; d'autres, plus hardis, joignent l'action à la pcnsec. Mais cc n'est pas de ces primitifs de l'amour qu'il est ici question, attendu qu'en cette matière ils sont en deçà du plan gênerai d'é,·olution de l'humanité civilisec. Sans compter ces cyniques de la pensée et de l'action, il est incontestable que nul homme n'échappe à cet obscur flaircmcnt mécanique de mâle à femelle dés qu'une femme est à sa portée. De même et par voie de conséquence, nulle femme n'echappc à cette impression purement instinctive que son sexe est flaire par le mâle et qu'elle peut aYoir à se dcfc;1drc, et la nature ordonne impérieusement cette défcnsiYc aux plus ignorantes. AYant toute pensec et quelles que soient les différences et distances établies par l'éducation et le caractcre, le lieu ou l'objet de la rencontre, la prcmicrc impression, a laquelle la pensée n'a nulle part, est une impression de sexe à sexe; clic s'impose mccaniquement à eux tout d'abord, si graYes, si divergents ou si hostiles que soient leurs pensers respectifs. C'est l'instinct qui agit, et il agit entre le notaire et l'bériticre, le juge et l'accusée, le marchand et la cliente, le mendiant et la reine, toutes situations que nos os, notre sang et nos nerfs ignorent, mais que leur rappelle d'ailleurs vite notre cerveau. Dans ces rencontres, il est des individus chez gui l'ayertisscmcnt donné par l'instinct est assez impérieux et assez prolongé pour s'imposer au ccrycau et s'y exprimer en pensée sinon en volition. L'appétence sexuelle est alors déterminée par des motifs qui ne sont plus seulement le sexe en soi, mais les caractères physiques, cerébraux ou de situation qui distinguent chaque individu. Si l'instinct se précise en désir et la pensée en Yolition (nous ne parlons ici que de l'être humain tel que l'a façonne notre civilisation), c'est parce que la préférence s'est manifcstc':c en l'individu averti d'abord par l'instinct. C'est d'un mouvement réfléchi que se manifeste cette préférence en l'individu : cette opération lui échappe parce qu'il est peu en état d'analyser les causes de l'é\'olution de l'instinct en sentiment; l'hérédité sexuelle lui fait alors accomplir d'une maniérc rc':flexc, seulement en apparence, les actes les plus propres à le conduire à son but et il est sincère quand il affirme ne pouYoir dire les causes de sa préfcrence, car son inaptitude d'analyser ses sensations et les sentiments qui en dérivent font de ses pensées et de ses gestes les serviteurs spontancs et passifs de son instinct. Il est d'ailleurs à remarquer que la préférence réfléchie, c'cstà-dire proprement le choix, s'exerce davantage à mesure que ses mobiles s'éloignent daYantage des purs et primitifs mobiles physiologiques, sans pour cela cesser de s'y additionner, encore qu'il arrive que ceux-ci

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