La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Mais qu'attendre d'une classe en majorité inconsciente et illettrée? L'émeute, la rébellion au cri de: « Vive le Roi!», non la révolution proprement dite. D'ailleurs, la partie du peuple qui était a même de comprendre son véritable devoir a été tristement influencée par la propagande socialiste. Les socialistes italiens ont prêché avec beaucoup de succès, pendant de nombreuses années, le mépris de la politique, soutenant qu'au point de vue de la classe ouvrière la république ne valait pas plus que la monarchie et que celle-la était même plus oppressive que celle-ci. Il faut voir avec quel zèle ils signalent les vices du régime républicain en France, aux États-Unis et même de cette république suisse a laquelle on a demandé fréquemment aide et protection! Après le congrès de Gênes en 1892, pour se différencier des anarchistes, les socialistes italiens proclamèrent la nécessité de la conquête des pouvoirs publics. Mais ils faussèrent leur programme et rendirent stérile leur action politique faute d'avoir su imprimer un caractère positif a l'un et à l'autre. Ils se déclarèrent tout au plus antimonarchistes, a l'instar d'Enrico Ferri dans un article de la Rivista Popolare, mais ils ne voulurent et je pourrais même écrire qu'ils n'osèrent point se proclamer franchement républicains. Comment le peuple pourrait-il se lever, agir au nom d'une formule négative, vaine, inutile, incompréhensible? Pour oser l'espérer, il faudrait ne pas connaître les événements les plus rudimentaires de la psychologie des peuples. La monarchie résiste donc parce que la bourgeoisie et les classes dirigeantes ont peur du socialisme; parce que le parti socialiste n'exerce pas une influence profonde sur le peuple véritable qui n'existe d'ailleurs pas encore; parce que, enfin, le socialisme, par sa propagande antirépublicaine, a condamné a l'inaction ceux qui auraient pu agir. Voila comment une institution, qui n'a plus aucune raison d'être, peut se tenir debout. Et cette institution fait le malheur d'une nation entière, en opprimant de préférence les socialistes qui ont contribué inconsciemment a prolonger son existence. Dr NAPOLEONE COLAJANNI, Député au Parlement Italien.

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