La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

MOUVEMENTS SOCIAU\: D: ITALIE hommes au pournir se persuadassent que c'est une véritable folie de vouloir faire jouer à l'Italie le rôle de gra,,de p11issn11cge,rn11de en définitive seulement par la solidarité du mal a,·ec les autres pays et par les frais énormes du militarisme. A cet effet, il conviendrait de diminuer tous les impôts actuels trés lourds, qui écrasent impitoyablement les contribuables. Il serait encore nécessaire que le produit des impôts réduits fût mieux aménagé; qu'on supprim:it une partie des dépenses actuellement consacrées à l'armée et :'t la marine; qu'on appliquàt des sommes bien plus importantes aux budgets tout :'t fait exsangues de l'instruction, des travaux publics, de l'agriculture et du commerce. Tout cela serait possible, ent.raincrait même une base d'amélioration considérable, sans modifier les bases de l'organisation sociale actuelle. Mais il est superflu d'espérer la réalisation de ces modestes réformes, étant donné que la monarchie:\ laquelle sont liées les classes dirigeantes ne voudra jamais renoncer à l'apparat de grande p11issn11ce, à l'armée et à la Triple Alliance qu'elle considére comme ses soutiens les plus solides. La monarchie est donc l'obstacle qui s'oppose à la réalisation du minimum de bien-être possible, avec la structure économique de la société actuelle. Mème la bourgeoisie en souffre au fond et l'on peut affirmer que tout cela ne contribue certainement pas à la popularité de la dynastie de Savoie. En dépit de ce que peuvent faire accroire les mensonges des courtisans, la ·maison royale d'Italie ne peut plus compter sur l'affection d'aucune classe, l'aristocratie comprise. Mais quoique essentiellement négatives, les bases de la monarchie demeurent tout de même fort solides. Le cas est rare, paradoxal ; il n'est pas moins un fait certain et indiscutable. La monarchie se maintient parce que les différences régionales ne permettent pas l'accord entre des éléments qui pensent et sentent d'une façon différente; entre la Lombardie républicaine, le Piémont socialiste et la Ligurie vouée au culte du dieu Mammon; la Vénétie et l'Italie du sud cléricales et monarchistes. Toute l'habileté des descendants de Machiavel au service de la maison de Savoie consiste en ceci : dénoncer le Midi et la Sicile comme des régions qui aspirent à briser l'unité nationale afin de pouvoir lancer contre eux les forces du Nord; ou bien, réciproquement, invoquer les principes du trône et de l'autel, pour maitriser le Nord avec les forces du Midi. Il y a encore une raison plus intime qui fortifie la base de la monarchie: la bourgeoisie hait l'état actuel des choses, mais elle redoute davantage l'avenir. Le développement rapide du parti socialiste lui fait peur et lui fait accepter les maux actuels qu'elle juge préférable à ceux qui suivraient une révolution sociale. Ce serait au peuple, à la masse des travailleurs de faire justice.

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