La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

420 LA REVUE SOCIALISTE pour reprendre possession d'un domaine communal - j'ai déconseillé vivement le partage par quotes, la distribution aux paysans pauvres de lots de terre domaniale en emphytéose. La statistique enseigne que cette création artificielle de petits propriétaires ne résiste pas au choc du temps. Les nombreux petits propriétaires créés avec le recensement des biens domaniaux et des biens des corporations religieuses ont disparu en grande partie de Sicile, en moins de trente ans. C'est donc trés à propos que les socialistes de la Chambre des dcputés (séance du 19 février) ont montré que ce serait une grave erreur, une faute même de se prêter au plan de distribution par quote-part des terres de « l'Université agraire » de Frascati, comme on l'appelle, réclamée avec insistance par les usufruitiers actuels. Ces usufruitiers, il est vrai, sont un groupe de privilégiés - treize possesseurs de bœufs; en dehors d'eux est la masse du prolétariat de la commune; mais « l'Université agraire ll représente toujours une propriété collectiYe - un de ces « domaines )) que se propose de sauver la loi Tittoni, d'août 1894; et sa distribution à quote-part, à bref délai, aboutirait à la constitution d'un autre « latifundium », propriété absolue d'un ou quelques individus, avec un abaissement inévitable de la condition de la masse. A Frascati, cependant, les promoteurs des manifestations en faveur de cette « quote-part )) à laquelle on attribue des vertus merveilleuses, qu'elle n'a pas, qui sont-ils? C'est cette poignée de rapaces privilégiés; et le gouvernement, qui a la prétention de faire du socialisme pratique en favorisant, comme il y paraît disposé, leurs aspirations, se rendrait en fait leur complice au détriment de la collectivité. Leur cas nous enseigne, en plus, à nous méfier des apparences et à rechercher sous les manifestions les plus populaires des intentions cachées purement individuelles; les « maigres )) se prêtent à ce jeu par leur profonde ignorance qui les couche à terre. Ces contrastes et ces contradictions, ces difficultés qu'on rencontre dans le Latium à satisfaire les demandes qui semblent les plus simples et les· plus réalisables en vue de contenter et d'améliorer la condition des misérables travailleurs de la terre, mettent de plus en plus en lumiére l'impuissance des lois actuelles qui régissent la propriété et la nécessité urgente de les réformer pour empêcher des troubles plus dangereux encore que les précédents. V Les grèves, les événements de Sicile de 1893-94, les troubles des << castelli )) du Latium et d'autres encore ont été dans leur ensemble les

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