La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE 421 manifestations les plus importantes du malaise chronique de l'Italie : et à ce point de vue l'on peut rencontrer des faits plus ou moins analogues chez les autres nations civilisées de l'Europe. Les émeutes plus ou moins graves de la fin de 1897 et du commencement de 1898 représentent la maladie trés aiguë qui se développe dans un organisme cachectique. La France et l'Angleterre ont connu aussi pendant le dix-huitiéme siccle - l'Angleterre même pendant le dix-neuvième - ces manifestations presque sauvages, lesquelles se produisent maintenant en Russie seulement et dans les autres petits pays de l'Orient moins policés. Il est notoire que les besoins augmentent avec la civilisation et que le premier de tous les besoins est celui que l'homme partage avec les animaux, le besoin exclusivement biologique de se nourrir. Le minimum de bien-être et de civilisation est représenté par la satisfaction de ce besoin biologique fondamental. Les travailleurs italiens, dans ces derniers temps, n'ont pas pu le satisfaire; de là, la protestation brutale, douloureuse, spasmodique de l'estomac. Ce n'est pas que n'eussent apparu des signes précurseurs de la tempête qui approchait. Les députés socialistes, par la voix du citoyen Agnini, avaient rappelé l'attention du gouvernement sur la malheureuse situation dans laquelle se trouvaient, depuis la fin de l'été dernier, les classes travailleuses. Mais le gouvernement avec une inconscience, ne disons pas rare mais unique, ne voulut rien savoir. Plus tard cependant, lorsque les troubles éclatérent, les ministres furent comme étourdis et l'imprévoyance prem~re fut égalée seulement par la peur qui suivit. Au demeurant on n'avait pas tort de s'émouvoir. Les troubles éclatèrent par l'assaut, donné à Forli, aux boulangers et le pillage du pain partout où il y en avait. Les émeutes furent encore plus menaçantes à Ancone où elles durèrent plusieurs jours; on pilla la maison d'un marchand. de bic. La plus grande partie des manifestants se composait de femmes et d'enfants et cela explique pourquoi les soldats et la police n'ont pas sévi contre les émeutiers; pourquoi il y a eu un commissaire de police et six carabiniers blessés, tandis que de l'autre côté une femme seulement fut blessée. A Macerata, les affamés s'emparent du blé mis en vente et brisent les carreaux de l'hôtel de ville et de la maison du maire. A Sinigalia, l'on pille les magasins du prince Ruspoli, maire de Rome. A Chiaravalle, les manifestations sont accompagnées de c~ups de revolver : un carabinier est blessé. A Florence - la tranquille et gentille Florence - des scènes pareilles se produisent et plusieurs policiers sont ble~sés. A Gallipoli, on met le feu à la maison d'un riche particulier. A Subiaco, province de Rome, les paysans s'insurgent aux cris de : « Vive la République! Vive le Socialisme! ». A Milan, à Rome, à Naples, à Palerme, à

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