La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE étaient faciles à prévoir et furent en effet prévus : les causes en sont en effet bien connues et pour ainsi dire immanentes. Ils furent prédits, d'abord et d'une façon générale, générique pourrait-on dire, par Crispi; ensuite par moi avec instance et avec une précision quasi-mathématique. A une année de distance, la première fois en juin 1893, avec une certitude qui aurait dû alarmer n'importe quel ministre et n'importe quel Parlement, j'annonçai les troubles de 1893-94. Mais les mouvements agraires du Latium éclatèrent à l'improviste dans l'été de 1897 sans aucune cause apparente immédiate, sans aucune relation directe avec ceux des autres endroits; ils jetèrent la surprise parmi les publicistes et les politiques; ils éclatèrent brusquement aux portes de la capitale, révclation bien propre à secouer la léthargie des bouddhistes qui ont en mains depuis plus de trente ans le sort de l'Italie. Les observateurs, sans avoir besoin d'être bien aigus, auraient pu et dû s'apercevoir que dans le Latium, dans ces « castelli >> historiques et délicieux, comme on appelle les bourgades et les villas de l'endroit, cela allait mal, si mal que la chronique quotidienne, les hivers précédents, avait relaté plusieurs cas de morts de faim. D'autres indices cloquents de mécontentement avaient commencé à ouvrir les yeux de la police, sinon du gouvernement, indices nettement politiques. On peut dire que l'ordre actul!l de choses, les institutions en vigueur, n'ont plus de partisans dans les « castelli ». C'est ce qui parut avec évidence dans les élections de 1897. A cette époque le républicain Mereu et le socialiste Podrecca, deux vaillants publicistes, obtinrent un nombre de votes inespéré par les propagandistes les plus optimistes des deux partis. Si la victoire resta au candidat monarchiste, cela fut dô à l'action corruptrice et prédominante du gouvernement et, par dessu_s tout, :1. la coalition de toutes les peurs bourgeoises et aristocrates qui, ne pouvant se déployer au profit d'un candidat clérical, firent converger toute leur influence sur un monarchique, lequel du moins travaillait pour le maintien du statu quo dans l'ordre économique. Que le phénomène doive s'expliquer de cette façon, c'est ce qui ressort jusqu'à l'évidence des résultats des. élections administratives. Pour ces élections, il n'y a pas de non expedit pontifical; et les cléricaux triomphent dans les municipes. Les cléricaux y sont si nombreux et si puissamment organisés qu'au dernier pèlerinage catholique, février 1898, ils envoyèrent à Rome soixante-dix présidents d'associations; et ce sont eux qui en grande partie fournirent le bataillon, la« patrouille » d'étudiants qui sont allés, il y a quelque temps, à Saint-Pierre crier : « Vive le Pape-Roi! >> Les désordres du Latium n'ont pas été aussi graves que ceux de I

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