La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE Cette rapide synthèse, pour être complète, n'a besoin que de quelques traits supplémentaires, qui serviront à établir mieux encore la responsabilité du gouvernement et des classes dirigeantes. Cette responsabilité est immense. En effet, les maux de la Sicile étaient connus; ils avaient fait l'objet d'enquêtes privées et officielles, d'écrits dus à des conservateurs, a des progressistes, à des républicains, à des socialistes - tous s'accordaient sur le diagnostic de la maladie. Les maux antiques étaient connus de toute antiquité. Les maux récents avaient été dénoncés, à mesure qu'ils se développaient. Tous ces maux étaient donc si bien connus que les révoltes furent prédites comme à heure fixe en même façon que les phénomènes économiques. C'étaient des révoltes parfaitement analogues à celles de 1820, de 1848, de 1860, de 1876. De même les mouvements qui suivirent la grande répression réactionnaire de 1893-1894 se répétèrent à Canicattini, à Siculiana, à Traina, a Modica. Et on n'a rien prévu dans le passé, et on ne prévoit rien. On ne prévoit ni ne prend de précautions. Ou, si l'on en prend, ce sont des remèdes homœopathiques ! Un si grand aveuglement, une telle imprévoyance de la part d'un gouvernement et <les classes dirigeantes me semblent un phénomène, sinon absolument nouveau, du moins tout à fait extraordinaire da:1s l'histoire. Un dernier mot d'avertissement à l'adresse de ceux qui veulent prècipiter les événements. En Sicile manquent toutes les conditioll.\, qui peuvent pour l'instant faire réussir le socialisme : il y manque par dessus tout la culture la plus élémentaire chez les classes populaires. Toute tentative intempestive ne peut donc aboutir qu'a un désastre. Vouloir la risquer, c'est provoquer d'amères désillusions et des réaction~ féroces qui retardent les é~énements (1). IV Les mouvements de Sicile 1893-94, qui se répétèrent sur une moindre échelle en 1897-98, et qui se répéteront a l'avenir par la faute des gouvernants et des classes dirigeantes ineptes et malveillantes, (r) J'ai étudié particulièrement les événements de Sicile, parce qu'ils sont vraiment typiques. On retrouve dans presque tout le Midi les mêmes conditions économiques, politiques et sociales. Si ces conditions ne donnent pas naissance aux mêmes mouvements, ou sur une si large échelle, cela est dù aux causes suivantes : r) on n'y trouve pas ce rapide passage d'un bien-être relatif it une détresse profonde; 2) la population n'y est pas dense et agglomérée; 3) pas de traditions révolutionnaires. - Dans la Pouille, où les deux premières conditions existent, il y. eut des mouvements analogues à ceux de Sicile. Ceux de Ruvo furent caractéristiques.

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