La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

412 LA REVUE SOCIALISTE tions qui l'accompagnent - fut aggravé à un point incroyable par les iniquités de tout genre et par les erreurs les plus inconcevables du gouvernement. Depuis de nombreuses années on enYoie en Sicile, comme en un poste de disgrâce, les pires fonctionnaires. L'administration des hommes, de la province, des congrégations de charité, de l'État, deviennent des instruments d'oppression et de spoliation scélérate, fomentée par une corruption et un favoritisme inouï. Les rapports entre les différentes classes sociales se maintinrent odieusement féodaux et restent encore tels en grande partie. Le levain révolutionnaire, en conséquence, trouve tous ses coefficients prêts à la préparation d'une explosion. Comme si ce n'était pas assez des conditions économiques, politiques et administratives, un véritable système de provocation s'y ajoute. Il aurait pu même être accueilli avec une plus fière résistance par un peuple qui, dans la concentration de sa population et dans ses traditions séculaires, trouve des stimulants tres efficaces à la révolution. Et voilà comment et pourquoi surgirent et se développèrent les « Fasci ». Ajoutez-y le facteur important de la contagion psychique qui trouve son véhicule naturel dans les manifestations collectives et dans la presse. Quand le gouvernement et les classes dirigeantes, imprévoyantes ou provocatrices, s'aperçurent que le mouvement était devenu dangereux, alors commencèrent les résistances en haut et les troubles en bas. Les bâtiments communaux, les bureaux de douane, les tribunaux, les maisons particulières furent incendiés. On les saccagea par endroits. Mais le peuple, mais les membres des « Fasci » étaient si peu prompts et si peu prèparés à l'offensive et :\.la défensive que quelques soldats et quelques carabiniers purent disperser des milliers de manifestants. Si insuffisante était la préparation à la révolution, qui pourtant était dans le cœur et dans la bouche de plusieurs chefs des« Fasci », que cent paysans furent tués, environ un millier blessé; et à peine s'il y eut un soldat qui laissa sa vie dans la bagarre. Le dénouement du mouYement fut sinistrement et sanglantcment uniforme : à Caltavuturo, à Giardinello, à Lcrcara, à Pietraperzia, à Gibellina, à Marino, à Santa Caterina, la troupe fit feu contre les paysans sans armes qui laissèrent leurs morts et leurs blessés sur le champ de massacre et se dispersérent. L'état de siège fut proclamé; les tribunaux militaires prononcèrent leurs sentences scélérates à la suite de procès monstrueux. On prit pour base des documents que Crispi déclara solennellement très solides et qui étaient des faux grotesques. La réaction triompha sans obstacles. Les « Fasci » disparurent avec la même rapidité qu'ils avaient pris naissance. Ils laissèrent derrière eux une traînée de sang et une hérédité de souvenirs douloureux.

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