MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE 41 I ser. Ce manque d'adaptation provenait de causes intellectuelles et nrorales plus encore que matérielles. Les « Fasci » se disaient tous socialistes. Mais en substance le socialisme n'y avait rarement que faire. Cc n'était qu'un vernis superficiel. A peine réussissait-il à couvrir ici de vulgaires ambitions, là une 'légéreté et une fatuité dangereuse, et parfois le ressentiment, l'esprit de vengeance, et même des tentatives reactionnaires, catholiques ou féodales ( r). On peut se tromper sur le caractére du mouvement des « Fasci'» en prenant les apparences et les paroles pour des faits substantiels. Il n'y a pas de dissentiments notables sur les causes qui ont engendré et propagé avec une rai1idité vertigineuse un mouvement qui fut et reste le résumé, comme l'exposant, d'une situation inextricable. De fait, en Sicile, le malaise économique est ressenti depuis de nombreuses années par toutes les classes. L'existence de la grande propriété, l'absentéisme ( et le plus grand absentéiste est l'État centralisateur, qui retire de l'ile un revenu bien supérieur à celui qu'il y consomme), les impôts communaux, provinciaux et nationaux très élevcs, le manque de routes, la difficulté de mettre à profit les chemins de fer existants, par suite de la configuration géographique de l'ile, la politique douanierc rapace, le phylloxera, la crise agraire, la crise sur les troupeaux, sur les mines de soufre; le standard of life qui s'élève rapidement, par imitation, sans une augmentation correspondante de la richesse, toutes ces causes devaient produire et ont produit un état économique de choses désastreux. Cet état de choses - qui à lui seul pouvait faire naître et se répandre rapidement le désir du changement et les inévitables perturba- (r) Je portai, au début, sur l'organisation et le inouvement des « Fasci » un jugement qui parut injuste. Mais les observateurs soustraits il l'action enivrante du milieu furent plus sévères que moi. E. Vandervelde, entre autres, \'enu en Italie à l'époque du congrès socialiste de Reggio (Emilie), écrivit au Peuple de Bruxelles: «En Sicile, le mouvement socialiste date d'hier. Il s'est développé avec une rapidité qui fait penser à la formation des ligues ouvrières belges après les é\'énements de mars 1866. Jusqu'ici les paysans siciliens étaient restés complètement en dehors de toute préoccupation socialiste. Brusquement, en moins d'un an, tout ce prolétariat s'est organisé (?). Mais il va sans dire que ces nouveaux adhérents ne sont pas arrivés à la pleine et entière conscience de l'idéal socialiste. Le plus grand nombrè accepte le nouvel évangile, comme les païens qui se faisaient baptiser et qui continuaient à porter des couronnes de fleurs aux autels de Fréja. Dans telle société, les membres sont obligés d'assister d'un côté aux réunions socialistes, de l'autre aux fêtes annuelles de la Madone. On cite un groupe, le« Cercle de la reine Marguerite », qui accepte â la fois le principe de la lutte des classes et le patronage du Roi d'Italie. » En Italie même, des savants éminents furent induits en erreur sur les mouvements de Sicile; Lombroso, entre autres, qui, en 1894, écrivait encore : « La Sicile est le pays qui, de toutes les parties de l'Italie, montre la plus grande tendance au progrès. Toute idée nouvelle, par exen1ple le socialisme, y prend rapidement racine. » (L' Antisémitisme, Turin, Roux, 1894, P· S7-)
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