410 LA REVUE SOCIALISTE les jugements varient. On peut dire qu'ils s'élcYevent à trois cents. Ce qui est certain, c'est que toute commune youlut avoir le sien. Quelques communes en eurent deux ou trois. Mais une statistique exacte n'a pas encore été faite. Du reste il n'est pas nécessaire de la faire. En effet, ces organisations éphéméres et peu soli<lcs s1.:ressemblent presque toutes : mêmes défauts graves, peu d'assiette, même manque d'organisation; même naissance et même disparition, même enthousiasme précedant les <lébuts, même dépression suivant leur mort. Dans quelques-uns le nombre des adhérents fut véritablement considérable : celui de Palerme en comptait dix mille. Mais bien rarement la réalité correspondait à l'apparence. Le pis est que les cadres des associés <'.:raientpurement nominaux. Bien rares ctaient ceux qui remplissaient le devoir <l'un vrai cccompagnonnage », <l'une « solidarité » dont le but sacré devait être de préparer une grande transformation sociale. Chaque « Fascio » aYait son siège. La mise en scénc variait suivant l'importance <livcrse de la cite qui lui donnait hospitalité. Étranges, dans l'apparence, ces petites communes ou se trouvaient en même temps un crucifix et un buste de Garibaldi, les portaits de Marx et en quelques provinces ceux de Colajanni et de di Felice, faisant pendant à ceux du roi et de la reine. Il ne manquait pas de drapeaux et de cocardes rouges. Non moins yariéc fut l'action, soit proposée, soit déployée en effet. On proposa des gréves contre les propriétaires du sol et contre les industriels. On organisa des démonstrations contre les autorités locales. Ailleurs cc furent les secours mutuels et les caisses de résistance, les coopératives de production, de travail (r) et de consommation. En certains endroits ce fut l'assurance collective pour une pension distincte en cas de maladie, <le vieillesse, en échange d'une cotisation de quelques centimes par mois. Quelques« Fasci » eurent un programme rigidement marxiste. D'autres réclamaient l'amélioration des salaires, le véritable mctayage, ou des contrats agraires de cette sorte, justes et tolérables. Dans l'esprit de presque tous les membres des « Fasci » des centres agricoles ( ce furent les plus caractéristiques), c'ctait aussi une bonne loi agraire qui assurât à chaque travailleur des champs sa quote-part de terre. Cette aspiration répondait à un droit sacro-saint violé par les barons, par les administrateurs des biens communaux qui avaient usurpé les terres sur lesquelles le peuple, pendant des siccles, avait exercé collectiYcment le droit de semaille, de pâture, de cclignage». Dans tous ces ccFasci » il y avait une extraordinaire disproportion entre la fin et les moyens dont on pouvait dispo- (1) La loi du II juillet 1887, en Italie, donna naissance aux coopérative~ de travail, qui obtiennent de notables avantages dans les adjudications de travaux publics.
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