La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

.MOUVEMENT~ SOCIAUX EN ITALIE les races. Toutes les civilisations et toutes les dominations, l'autochtone, la grecque, la latine, la byzantine, l'arabe, la normande, la française, l'espagnole ont passé dessus et y ont laissé des résidus, des sédiments, strates qui se superposent. Mais le gouvernement des Bourbons l'a soustraite à toute action bienfaisante de la part de la grande Révolution française et l'a fermée hermétiquement à l'influence de la civilisation moderne. Ce fut sa ruine : au centre de la Méditerranée est comme abandonné un organisme social, véritable anachronisme, qui reproduit en ses traits essentiels la vieille société du Moyen-Age, partout en dissolution. C'est ce que met en lumière l'attitude de la vieille noblesse de l'île, en 1812, qui, sous le pavillon du libéralisme politique, protégé par les vaisseaux et les troupes de l'Angleterre, consomma un. grave attentat contre les droits dont le peuple pouvait se vanter de jouir sur la terre. C'est quelque chose d'arriéré, qui rappelle les conflits entre le Roi et ses feudataires. Pour ces motifs, la Sicile, qu'elle vécût pacifiquement ou qu'elle se révoltât contre ses maîtres de l'époque, appela toujours l'attention des savants et des touristes qui la considéraient avec un vif intérêt et la visitaient avec une non moindre curiosité. La Sicile, qui avait donné des signes de vie vigoureuse avec la chevaleresque révolution du 12 janvier 1848 et qui avait coopéré efficacement à la légendaire épopée des Mille de Marsala, fit converger sur elle les regards du continent italien et de la presse européenne, avec ces mouvements sociaux qui eurent leur prologue immédiat en 1892 et leur épilogue tragique en décembre 1893 et au cours de 1894. Le prologue, ce fut l'apparition des « Fasci » de travailleurs. L'épilogue, ce fut le massacre en grand des paysans, resté jusqu'ici impuni et sans vengeance. Ces deux années de vie sicilienne représentent, dans l'histoire d'Italie et dans l'évolution sociale, un drame fantastique. Couleur locale, épisodes singuliers, et pourtant douloureusement vrais, qui ne sauraient trop attirer l'attention des politiques et de~ sociologues. Comment et pourquoi surgirent les « Fasci » ? Comment se dissolvèrent-ils ou furent-ils supprimés? Je le dirai en résumant ici ce que j'ai développé dans un livre (1). Les « Fasci » furent des associations de travailleurs qui surgirent brusquement (ex nova) ou représentaient des transformations des antiques sociétés ouvrières, dans les années 1892-1893. Sur leur nombre (1) Les É~•é11emmtds e Sicile et leurs causes, 2• édition, Remo Sandron, Palerme, • 1895. •

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