La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE Il ne manque pas d'articles du code pénal; on est prompt à les invoquer pour punir les promoteurs et les participants d'une gréve : il y a, par exemple, l'article 247 dudit code qui punit l'excitation à la haine entre les di verses classes sociales ; il fut précisément fait pour légaliser l'arbitraire le plus éhonté, celui de la politique pontificale et bourbonnienne (1), par cette magistrature asservie à la police; par ces classes dirigeantes, sottes, inhumaines, aveugles, qui ne croient jamais assez assuré l'édifice du gouvernement. De l'esprit de ces classes dirigeantes on peut se faire un concept adéquat par ceci: elles croient très sincèrement que les travailleurs doivent leur être très reconnaissants de pouvoir leur donner <lu travail; toute tentative de leur part pour améliorer leur propre sort est un attentat, un acte de noire ingratitude. Aux articles explicites du code pénal s'ajoute la pratique politique en honneur: nier le droit de réunion et d'association, réduire au minimum la liberté de la presse. On s'explique ainsi comment et pourquoi dans toute grève, on peut« lever» un acte criminel et faire la chasse à de nombreux délinquants. Oui, sans doute, il y a Jes violences dans les grèves italiennes, mais clics sont presque toujours perpétrées par les reprcsentants du gouvernement; à la plus futile occasion, qu'ils provoquent, ils procèdent aux arrestations et font intervenir la force publique. Ne sont elles pas logiques, nécessaires, inévitables les réactions de . la part des travailleurs exaspérés par la faim et indignement provoqués? Ce qui est étonnant, c'est que ces réactions soient si peu nombreuses et les troubles peu fréquents. Ces troubles sont un prétexte à fusillade de la part de la troupe : les grévistes tombent frappés. Le cas de Conselice est resté le plus célèbre; malheureusement il n'est pas le seul; il se répète actuellement à Voltri (Ligurie). Ce n'est pas assez de l'odieux des violences gouvernementales et des provocations aux troubles. Voici qui comble la mesure: pendant les grèves le gouvernement transforme les soldats en « sarrasins » (blacldegs). Les soldats assomment d'abord les grévistes, ensuite ils prennent leur place, double serYice ! Répression sanglante, concurrence dans le travail, capitalisme a la deuxième puissance ! Et c'est (1) En Italie, il se produisit un cas où se pouvait appliquer avec justice l'article 247 du Code pénal, je veux parler de la lutte électorale politique de 1895. Alors, contre le duc de Montelcone, vrai « landlord », se présentait dans le collège de Terranova un neveu de Francesco Crispi : ne pouvant battre son rival avec l'épée et le bouclier, il fit un programme incendiaire dans lequel il excitait les paysans contre son adversaire, le brigand et l'accapareur. L'excitation à la haine était manifeste; mieux encore, personnelle. Naturellement, dans ce cas, on n'appliqua point l'article 247 : l'oncle du délinquant n'était-il pas président du conseil des ministres?

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