La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE les salaires et ;\ modifier radicalement les contrats agraires, clans le sens de la justice et de l'humanité, à obtenir enfin ce que le gouvernement italien a toujours reconnu être le droit - droit reconnu par l'enquête parlementaire de 1875 et par Sonnino en particulier, dans un beau livre sur les Travailleursagrairesde Sicile, par Sonnino qui futle complice de Crispi dans la féroce et déshonnête répression de 1894 - mais qu'il se révéla toujours impuissant à faire passer dans les faits. Aussi les victoires merveilleuses des travailleurs de la terre dans cette magnifique Sicile furent éphcmères. Aucune des concessions faites par les propriétaires et les fermiers ne fut maintenue, même celles qui paraissaient spontanément dictées par la bonté, par la reconnaissance des droits sacro-saints du travailleur des champs. A peine Francesco Crispi eut-il envoyé dans l'île 60,000 soldats, artillerie, cavalerie, en 1;ombre, avec un gouverneur militaire revêtu de pouYoirs suprêmes et exceptionnels pendant l'état de siège, que les concessions furent retirées avec une déloyauté, non pas rare, mais una111me. Les ouvriers agraires, aprcs quelques mois d'exaltation, à la suite des coups de sabre et de baïonnette que leur distribucrent généreusement les soldats, revinrent aux conditions anciennes, pour les salaires de famine des contrats agraires. Notons, en passant, qu'en Sicile, et aussi dans la Pouille, les travailleurs des champs se trou,vaient dans une condition démographique très particulière pour poursuivre leurs propres revendications : ils ne sont pas épars et isolés à travers les campagnes dans de minuscules villages; ils vivent dans des cités relativement grandes, de trente à cinquante mille habitants; d'où grandes facilités pour l'accord et la lutte (r). Arrivons au fait culminant qui caractérise et met à part les grèves italiennes. La statistique de 1896 dit que dans vingt et une grcves, il y eut des désordres et des violences. Où doit-on chercher les provocateurs et les auteurs de ces désordres et de ces violences? A s'en tenir aux statistiques criminelles de_ces dernières années, il n'y aurait aucun doute : les coupables se trouvent parmi les travailleurs. En Italie, le droit à la grcve pacifique est verbalement reconnu ; il y eut de brillantes discussions à la Chambre des députés pour le faire reconnaitre. En réalité, ce droit est nul. (1) Cette conJition Jémographique de la Pouille attira l'attention de Gregovorius. Elle est la même et peut-être plus accentuée en Sicile. 1

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