La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

402 LA REVUE SOCIALISTE Il est naturel en conséq uencc que la protestation politico-sociale ne soit pas identique partout et qu'elle manifeste les différencés signalées plus haut. Notons enfin que, même dans les manifestations politiques légales, dans les élections, s'accentuent les différences régionales : au Nord on lutte et on vote avec une certaine discipline; on s'occupe du programme plus que de l'homme; dans le Midi, au contraire, la solidarité politique fait dcfaut, le programme compte peu. Cc sont les qualités et les relations personnelles des candidats qui ont assuré des victoires inespérées aux socialistes dans des collèges conservateurs, aux républicains dans des collèges monarchiques. Même le cléricalisme, tout à fait discipliné, avec une seule foi, un seul chef infaillible, se manifeste de façon différente au Nord et au Midi; il travaille et s'organise à la lumière du jour dans la Vénétie, en Lombardie, dans le Piémont et aussi en Toscane; il se montre comme une sorte de conspiration a-politique semant à pleines mains dans les ténèbres les éléments de la tempête, en Sicile, dans la Napolitaine. Et la tempête, un beau jour, pourrait éclater sinistre, dévastatrice et inattendue, même pour les aveugles qui se contentent de regarder à la superficie des choses. Je note ces différences que je signale ici au lecteur intelligent, j'aurai l'occasion d'y revenir dans la suite. II La variété des conditions sociales, à travers les diverses régions de l'Italie et les diverses phases d'évolution qu'elles traversent, se trouvent résumées en deux grandes .divisions substantiellement antinomiques : le Midi avec les îles, et le Nord. D'où il résulte que les manifestations du malaise général profond ont un caractère assez divers et sont l'indice d'aspirations que les observateurs superficiels seuls peuvent réduire à un commun dénominateur. C'est ainsi que les mouvements agraires de la Sicile ne ressemblent pas à ceux du Latium. C'est ainsi que les grèves vraiment civiles pour la diminution des heures de travail ou pour l'augmentation des salaires sont différentes des tumultes pour le prix cher du pain, qui représentent l'expression la plus brutale d'une souffrance qui atteint son paroxysme et qui ne doit plus se vérifier dans un État médioaement en progrès et dans une époque où les douloureuses conséquences d'une famine médiévale sont absolument impossibles à un point de vue matériel. Et c'est ainsi que sont confondus, avec une légèreté impardonnable, d'une part le paysan qui se remue pour garder sa parcelle de

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