400 LA REVUE SOCIALISTE listes, trente environ pour les premiers, dix-sept pour les seconds; ils ont jeté l'alarme et l'épouvante dans les rangs des monarchistes et des bourgeois bourgeoisants. Mais il est bon aussi de bien s'entendre sur la valeur d'une telle efflorescence; autrement on se crecrait des illusions qui à leur tour engendreraient d'amères déceptions. Si les cinquante députés qui sont considérés comme « subversifs » étaient l'expression authentique du progrés fait par l'idéal républicain-socialiste, il y aurait lieu de se féliciter vivement et d'émettre des prévisions joyeuses sur l'avenir politique prochain du pays. Malheureusement, il n'en est pas ainsi : les députés républicains et socialistes, en général, sont le produit du mécontentement universel habilement exploité par une propagande infatigable et véritablement prodigieuse, en particulier parmi les socialistes. Les chefs qui ne se sont pas rendu un compte exact de la masse des combattants ne tarderont pas à se ressaisir et à confesser qu'ils se sont trompés. Ils traverseront vite cette période d'enthousiasme crédule qui les a entraînés a des jugements injustes et à une trop som;erainc con-_ fiance dans les forces de leur parti ( 1). Malheureusement, a côté du mouvement superficiel des républicains et des socialistes, il en est un bien plus profond et plus Yaste : le mouYcment clérical. Les progrès du cléricalisme en Italie sont véritablement formidables; ils sont d'autant plus pcrillcux, qu'ils correspondent exactement aux conditions psychologiques et aux traditions séculaires des masses. 1 Supposez rayé le uou expedil pontifical; les élections politiques vous donneraient une preuve étourdissante de la merveilleuse organisation de la cc Vendée italienne» : organisation favorisée par les richesses du Vatican, par les cadres de l'état-major tout formés dans le haut et (1) Quand, le premier, dans divers journaux et revues d'Italie et dans la Grande &vue de Pn,·is el de Sailtl-Pétersbourg, j'écrivis - et je fus le seul à l'écrire et il le dire aux républicains-socialistes - et annoncai en 1892 et 1893 que le mouvement des « Fasci », en Sicile, n'avait pas un vrai contenu socialiste, je fus dénoncé avec une impardonnable légèreté, comme un traitre et un complice de Francesco Crispi ; c'est de ces sottes accusations qu'on se servit pour me combattre et me calomnier; je poursuivis sereinement ma route; cc que je pensai:., je l'exposai et le documentai dans mon livre : Les Évillemmls e11 Sicile el leurs causes (P.ilerme, R~mo Sandron). Les faits ne tardèrent pas ouvrir les yeu:, de tous ceux qui étaient de bonne foi et à me donner raison, à brève échéance et dans une mesure que je n'avais pas désirée (on comprend que j'aurais voulu m'être trompé). Cette amère satisfaction me vint explicite et complète de Nicola Barbato, le protagoniste du mouvement des « Fasci », la victime la plus cultivée et la plus noble des tribunaux de Palerme; dans une lettre de l'Ava11li, le vaillant journal quotidien socialiste de Rome, il confesse qu'il n'y a pas, qu'il n'y a jamais eu, en Sicile, de parti socialiste. La gravité de cette honnête déclaration était accrue par les commentaires de l'Avanti, affirmant que les conditions du parti socialiste dans le reste de 1 'Italie étaient aussi peu satisfaisantes. Des articles de la Critica Sociale, de Milan, aboutissaient aux mêmes conclusions.
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