MOUVEMENTS SOCIAUX EN ITALIE 399 Un autre phénomène s'ajoute à ceux dèjà signalés et qui aggrave cette signification : l'émigration. L'émigration décroît sensiblement en Allemagne, Jont la natalitè est supèricure à celle de l'Italie; clic dccroît en Grande-Bretagne, gui apparaissait avant ics cinquante dernières années comme la terre classique des « exodes » et dont la natalitè est pourtant très èlcYéc; elle se maintient, en Italie, supérieure, et de beaucoup, à celle de toutes les autres nations d'Europe. D'Italie partent pour tous les pays du monde, temporairement ou pour toujours, en moyenne 200,000 individus par an, A la recherche de travail et de pain. Les scènes qu'offre l'émigration italienne, au port de Gênes, ne sont pas aussi fantastiques que se plait à les décrire le Joumnl, <le Paris (1); clics restent pourtant <lenature à inspirer un vi[ sentiment de pitié dans les àmes droites et à humilier l'orgueil national. Repoussons l'exagération maligne; le phénomène de l'émigration reste comme un indice expressif des tristes conditions èconomiques italiennes; d'autant plus que les émigrants n'ignorent pas que, malgré leurs exceptionnelles qualités de traYailleurs et peut-être en grande partie à cause même de ces qualités, ils vont en somme au devant de la déplorable et scélérate « chasse à l'italien » (2). L'énumération de ces symptàmes resterait incomplète si je ne rappelais pas l'efflorescence imprévue des députés républicains et socia- (1) Dans l'intérêt bien entendu de la France et de l'Italie et de la démocratie en général, j'ai toujours protesté contre la mauvaise habitude d'une certaine presse française J'exagérer horrtblement les maux italiens et même de les inventer, de calomnier avec une véritable volupté. On peut l'affirmer sans se tromper, plus que l'intérêt dynastique, certa111e presse française a contribué à faire durer la Triple Alliance; elle a donné beau jeu à la presse « tripliciste » d'Italie. Plus d'une fois je me suis ouvert de ce triste sujet a l'ami Benoit Malon qui était tout à fait d'accord avec moi. Les récentes exagérations du ]011mal sur l'émigration ont été reproduites avec une rare complaisance et commentées par les journaux gallophobes de la Péninsule. Je saisis cette occasion pour protester contre ceux qui, altérant un de mes articles du Secolo, m'ont attribué des idées erronées sur les conditions hygiéniques de Naples. En honneur de la vérité, je dois ajouter que des études sérieuses et consciencieuses sur les conditions de la Péninsule, malgré la constatation et l'illustration de douloureuses vérités, ont été, en Italie, accueillies avec sympathie et appréciC:,es à leur juste valeur. Parmi ces études, très bien accueillies par mes concitoyens, je dois signaler celle de Bertaux (Pèlerins et Emigra11ts, impressions du 111idide l'Italie (Revue des Deux Mondes, r5 octobre 1897), traduit et réimprimé dans le P1111golPoarlemmlaire de Naples) et l'autre de Goyau sur la grande propriété dans la Calabre. (2) Dans : U11equestion brûlante (la conwrreuce du travail), écrite et publiée le lendemain d'Aigues-Mortes, j'appelais le premier les Italiens « les Chinois d'Europe»; je n'avais pas l'ombre d'une intention de dénoncer mes concitoyens au mépris de l'étranger; les philistins d'Italie se scandalisèrent; mais aujourd'hui la dénomination est acceptée de tous ceux qui étudient honnêtement les phénomènes sociaux et voient dans la « la chasse a !'Italien » la conséquence de la concurrence économique qu'ils font à leurs camarades de travail. Le marquis Paolucci di Calboli, attaché à l'ambassade italienne de Paris a, lui aussi, appelé nos émigrants les « Chinois d'Europe ».
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