LA REVUE SOCIALISTE ' miscrablcs, et sont venues compléter l'œuvre inhumaine et imprudente des rcprcssions militaires. Voilà les grandes lignes du tableau. Y peuvent trouver place aussi - et clics la trouvent - les dcviations en grand nombre ducs à l'a11:tiondes partis politiques conscients, républicains et socialistes, qui voudraient tourner à leur propre profit ces ferments multiples et ces explosions populaires du royaume d'Italie. Ces phases de regrés dans l'évolution politique d'un peuple sont celles mêmes qui caractérisèrent la fin de l'ancien régime. Voici encore une analogie remarquable : l'insouciance ou mieux l'aveuglement absolu, phcnomcnal, de la cour et des classes dirigeantes en France et en Italie, aujourd'hui comme alors. Une différence seulement : à la cour de Marie-Antoinette dominait une insouciance gaie, comme innocente, tandis qu'à la cour du roi Humbert transparaît, à chaque incident, petit ou grand, la tristesse. Sans doute on y agit stupidement, comme si on ne distinguait pas les pétils de la situation; mais ces gens ne sont pas au fond des ignorants, ils voient clair, et c'est cc qui ferme les âmes à la joie expansive et à l'insouciance. Autre différence entre la fin du dix-huitième siècle et celle du dixneuvième siècle. Le malaise profond dont était frappée la société française ne pouvait être traduit et figure en chiffres précis d'un caractère officiel; en conséquence la constatation n'en pouvait être· faite par les historiens qui vinrent depuis qu'à l'aide des manifestations pour ainsi dire extérieures et culminantes. On sait à quelles recherches et à quelle documentation se livrèrent Taine et aussi Tocqueville pour mettre cc malaise dans toute sa gravité sous les yeux de nos contemporains. Le malaise intense de l'Italie d'aujourd'hui, au contraire, outre les tumultes et les révoltes dont je voudrais particulicrement m'occuper dans cet article, est contresigné et précisé par l'enregistrement quotidien de phénomènes intenses, nombreux et importants, qui acquicrent la valeur de << mesures exactes » des conditions sociales d'une collectivité.· Des statistiques officielles que publie régulièrement le professeur Bodio (à qui l'on doit une magnifique monographie sur les « mesures exactes », indices mesurateurs, du bien-être italien), on tire cette constatation douloureuse pour tout patriote dans le bon sens du mot (rien du chauvinisme imbécile ou coquin) par les données sur la criminalité, sur les faillites, sur l'illettrisme, sur les mariages, sur la décroissance ou le lent accroissement de la richesse publique, sur les expropriations pour impôts non payés, sur la diminution de la petite proprict~; données qui soulignent la signification des tumultes et des révoltes.
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