La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

394 LA REVUE SOCIALISTE déjà puéril de fermer les yeux sur les innovations industrielles qu'elle a accueillies en ces derniers temps, et dont Li Hung Chang, après son fameux voyage de 1896, a étc le principal initiateur. Mais si nous négligeons même ces premiers indices de réveil, l'aycnir doit apparaitre fort sombre. Le vrai péril jaune, cc sera celui qui surgira devant la race blanche, le jour ou le Céleste mettra ses métiers en branle et oü la vapeur siffiera sur le sol asiatique, de Haïnan à la pointe de la Corée. Comment le Lancashire, nos agglorncrations de Rouen et de Reims, la Prusse Rhénane, la Lombardie, la zone industrielle de la Nouvelle-Angleterre, rivaliseront-ils avec les manufactures chirioises pourvues de tout notre outillage? Comme l'ont montré deux diplomates qui connaissent bien !'Extrême-Orient, l'allemand Brandt et l'anglais Norman : le jaune tient le blanc à sa merci. En face du Chinois qui se contente de quelques sous, qui fournit une main-d'œuvre moins féconde sans.doute, mais d'un prix infime, l'ouvrier européen ou américain sera fatalement désarmé. Les salaires de o fr. 50, de o fr. 30, qui sont en ,·igueur dans les bagnes industriels du Japon, dans le grand atelier central de Kanefugashi entre autres, s'implanteront très aisément, même avec des rabais, sur le littoral du Pacifique. Et alors, au lieu de se laisser envahir par nos produits, la Chine se fermera, nous expulsera de tous nos marchés, essaiera de nous inondcrà son tour de ses produits. L'heure sera terrible pour la vieille Europe, à moins que d'ici là de profonds changements n'interviennent; l'Angleterre, nourrie de l'or des nations, verra sa prospérité anéantie; l'Allemagne, aujourd'hui triomphante sur toutes les mers, débordante, d'activité commerciale, servie par le coût minime de sa productio1~, sera stérilisée; la France, déjà en recul, subira le sort commun; il n'est pas jusqu'à la Russie, en pleine fièvre de croissance, qui ne doive être arrêtée par l'élan furieux des Touraniens, enfin rejetés dans leur marche atavique vers l'Ouest. Pour l'Europe, comme pour l'Amérique, le ré,·eil chinois sera l'origine d'une crise sociale sans égale dans l'histoire. Exaspérées par la faim, les classes en lutte s'entrechoqueront en une effroyable mêlée; et alors de grandes transformations s'accompliront; des révolutions jusquc-1à c0mprimécs éclateront, bouleversant la structure économique des sociétés, à moins encore que ce second stade ne soit court, trés court, et que les conditions du travail en Europe, en Amérique, en Asie, n'arrivent tout de suite à un semblant de nivellement. * * * Nous ne voulons pas dire que dans l'ordre des salaires comme dans celui des charges publiques, l'empire chinoi.s doive se rappro-

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