LE PARTAGE DE LA CHINE 393 tournera :i. l'avantage du prolétariat d'Occident, comme d'ailleurs des populations de race blanche prises dans leur ensemble. * * * Mais ce ne sera là qu'un stade relativement court. Une première atteinte sera portée à la prospérité renouvelée de l'industrie amèricano-européenne par la concurrence qui s'exaspérera sans tréve entre toutes les puissances. Au fur et à mesure que les besoins de la Chine s'accroîtront, les rivalités s'éléveront plus âpres, plus fiévreuses, et la baisse des prix, que susciteront à coup sûr les péripéties du trafic d'une contrée aussi populeuse viendra frapper cruellement les usines de production des vieux États. L'entrée des provinces du Fils du Ciel dans le cycle industriel constituera alors une catastrophe sans précédents. Déjà aujourd'hui certains pays asiatiques infligent un préjudice notable aux importations des États-Unis et d'Europe. Ce n'est un secret pour personne que l'Inde - jadis !'Eldorado du commerce britannique - est devenue depuis une quinzaine d'années un objet de préoccupation grandissante pour les manufacturiers <l'outre-Manche. Jusqu'ici le Lancashire avait vu dans la Péninsule le débouché naturel, toujours accueillant de ses cotonnades. Tout à coup l'Inde s'est jetée dans la production du coton; elle s'est dotée de tout l'appareil moderne: r 50 filatures, 320 millions de capital, 139,000 ouvriers, 3 5 ,ooo métiers, prés de 4 millions de broches : tel était l'outillage mécanique et humain dont elle disposait dés 1895. Le Lancashire s'est ému, et si aujourd'hui le courant protectionniste se déchaîne dans une partie des cercles britanniques comme sur le continent, c'est à la fermeture partielle du marché indou qu'il convient d'imputer ce revirement. Plus pleine d'enseignement est l'évolution économique du Japon. Dans un article précédent (1), nous avons essayé de présenter un tableau de l'activité de cet empire qu'on pourrait, à juste titre, qualifier d'effrayante. Ses échanges ont presque doublé de 1885 à 1895, ~es exportations seules , passé de 62 à 129 millions de yens (11ominalement 5 fr. 39) entre 1890 et 1895. Comme la Péninsule gangétique, il s'est armé pour la production cotonnier~, augmentant en quatre ans ses broches de plus de 700,000 unités. D'autres industries aussi ont sollicité son activité; il y a excellé au point de chasser petit à petit des ports du Pacifique, de Singapour même, ses rivaux européens. La Chine suivra sans conteste le même mouvement. 11 serait· (1) Voir la Revue Socialiste de mai 1897.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==