La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PARTAGE DE LA CHI~E 395 cher totalement de nos statistiques européennes. Nous ne prétendons pas qu'a une date, plus ou moins lointaine, le salaire de l'ouvrier de Nang-Kin ou de Hang-Kéou doive égaler celui de l'ouvrier de Rouen, de Manchester ou d'Elberfeld, ni que le budget des Célestes soit appelé a atteindre, toutes proportions gardées, des totaux aussi fabuleux que ceux de la France et de l'Allemagne. Mais ici l'identité absolue n'est pas de rigueur, et il suffirait pour établir l'équilibre, pour atténuer le péril jaune, que les différences énormes du prix de la main-d'œuvre et de la quote-part fiscale individuelle fussent partiellement comblées. Or n'est-il pas évident que la Chine, envahie par la civilisation industrielle des vieux États OLI asservie à leur domination, \·erra ses dépenses, le sla11drml of life de ses artisans, s'éle\'er avec une vitesse croissante? L'exemple du Japon est excellent ici encore pour nous permettre de préciser nos vues. Jeté dans la production capitaliste, l'empire du Soleil Levant a déja subi une bonne partie des conséquences qu'elle entraîne infailliblement derrière elle. Tous les chapitres de son budget se sont accrus; la guerre et la marine absorbent dès maintenant des centaines de millions; les finances publiques ont triplé pendant que la dette doublait, de 1892 a 1896, et les ministres sont à la recherche de nouveaux impôts. Qui dit industrie capitaliste, dit militarisme, gaspillages parasitaires, primes diverses, travaux publics plus ou moins féconds qui épuisent le Trésor. Le salarie japonais, qui payait peu ou point de contributions avant la guerre du Petchili, proteste maintenant avec véhémence contre les exigences fiscales. Le manufacturier, dans le paiement de la main-d'œuvre, devra faire entrer en compte le renchérissement de la vie et hausser les salaires. Sa production devenant plus onéreuse, la concurrence japonaise deviendra moins écrasante sur les marchés orientaux. Et encore n'avons-nous pas envisagé ici un facteur qui tient dès à présent sa place dans les préoccupations de l'industrie de Tokio et d'Osaka; l'action syndicale ouvrière, qui e~t née de la concentration même des individus dans de grands bâtiments et qqi la-bas, comme chez nous, relèvera - en attendant mieux - la condition générale du travail. L'histoire du Japon sera celle de la Chine pénétrée par la civilisation occidentale. Dans le Céleste Empire - et par quelque voie . que triomphe cette immixtion - un nivellement approximatif s'opérera._ * * * Et alors, de par le monde, si, par impossible, le socialisme n'a pas encore écrasé le régime social présent, il n'y aura plus que deux

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