392 LA REVUE SOCIALISTE grands ou petits États d'Europe étaient converties par l'ancienne école coloniale - qui sévit toujours en Espagne - en champs d'exploitation taillables et corvéables à merci, comme elles n'avaient pas le droit de fabriquer, de transformer les produi_ts naturels, les phénomènes qui sont intervenus depuis, d.ins l'Inde et ailleurs, eussent étè inconcevables. On s'imaginait de même, abstraction faite de toute conquête, qu'une région ouverte à l'influence europèenne, c'.:taitun débouché gagné pour l'étc-rnitè. Et certes les préoccupations qui assicgent aujourd'hui protectionnistes et bimétallistes devant l'afflux des importations exotiques t'.:taient bien étrangères aux contemporains de Robert Peel ou de Michel Chevalier. Elles sont d'origine encore toute fraiche. Il est incontestable que l'expansion des pays d'Europe dans les contrées d'une structure industrielle différente, ou du moins la création des besoins nouveaux engendrés un peu partout par cette pcnétration, est l'un des facteurs essentiels du dcveloppement de la richesse générale. Pendant un laps de temps assez long, dont la durée dèpend d'ailleurs et de l'intelligence de la race indigène et du régime appliqué par les occupants, la puissance initiatrice peut tirer de très notables bc'.:nèficesde sa main-mise. - Il est bien entendu que nous ne soulevons pas ici la question de la légitimité de la conquête, que nous n'examinons pas le problème de la colonisation, et que nous ne faisons acception d'aucun cas particulier. L'Inde, jusqu'à une époque très proche, nous offre le type k plus pur d'un pays neuf considéré au premier stade de son évolution. Au lendemain de sa grande refonte de 1868, le Japon a de même enrichi de trcs nombreux importateurs. Aujourd'hui encore les colonies britanniques, qui sont restces agricoles ou dont la production industrielle est minime, assurent au Royaume-Uni de fort appréciables profits. Ceux qui spéculent maintenant sur l'ouverture du Céleste Empire sont loin de se tromper. La construction des voies ferrées du Yunnan, leur rattachement à la Birmanie et au Tonkin, plus au Nord, l'établissement du réseau que les Allemands pourront étudier, la prolongation du Transsibérien, et enfin toutes les transformations qui suivront un partage, stimuleront à coup sûr les importations de toutes les puissances. Nous ajouterons même, pour émettre une idée qui doit nous toucher particuliérement, que nos classes possédantes ne seront pas les seules à en bénéficier. Il est indéni~ble, pour tout esprit impartial, que l'expansion commerciale de l'Angleterre à travers le monde a donne'.: aux ouvriers d'autre-Manche une condition d'existence de beaucoup supérieure à celle de leurs camarades du continent. Or, une portion tres considérable des échanges du Royaume-Uni est absorbée par les pays ou a prévalu son autorité. Nous estimons donc, que pour un certain nombre d'années, la conquête ou la pénétration de la Chine
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