La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PARTAGE DE LA CH!NE 391 tiés héréditaires qui dressent les armées aux fronticres sur k sol d'Europe, les froissements d'intérêts sur le littoral asiatique susciteront de terribles querelles. Les pays d'Occident accablés par leurs budgets de guerre pourront-ils supporter de nouvelles exigences de leurs fiscs? On conçoit dans quelle mesure, en cas d'une prorogation suffisante du régime social présent, la question chinoise, considérée au seul point de vue militaire, viendrait aggraver les souffrances des peuples, et contrarier les progrés de l'humanité. * * * La pénétration européenne en Asie pose au reste un autre problémc autrement vaste, et dont les solutions successives seront identiques, que l'immixtion des blancs triomphe par les voies de la guerre ou par les moyens pacifiques. Quelles seront les conséquences de l'invasion de notre civilisntion industrielle et mercnntilc dans les régions côtiéres du Pacifique? Quelles seront les relations a,·ec la vieille Europe de ces myriades d'hommes jaunes soudnin pourvus de notre machinisme, de nos procédés de fabrication et mis en possession de nos progrcs scientifiques? Ne doivent-ils pas a la longue nous écraser sous leur concurrence victorieuse et, apres s'être formés a nos leçons, se retourner contre nous pour nous miner? Ou, au contraire, se contenteront-ils d'ouvrir aux producteurs de nos contrées, des débouchés sans cesse élnrgis, qui multiplieront les richesses d'Occident? L'intrusion de notre industrie dans les pays neufs entraîne un cycle de phénomcnes économiques qui est toujours approximativement identique a lui-même. Les stades diYers, que traversent les peuples soumis a notre organisation, se retrouvent a peu prés constnnts dans l'Inde comme dans l'Amérique du Sud ou au Canada. Nul pays pourtant ne présentera a l'observateur un champ d'études comparable à celui qu'il rencontrera en Chine. Le Céleste Empire offrira du reste - et scion toute vraisemblance - cette particularité qu'il brûlera les étapes. La concentration de ses habitants, leur activité naturelle, leur faculté d'assimilation tant de fois éprouvée, en Californie comme c_n Australasie : tout permet de présumer qu'il cheminera bien plus vite encore que le Japon ou que l'Inde le long du développement industriel nor11Jal. Ç'a été une chimére des économistes de croire que la colonisation devait forcément et à jamais stimuler la prospcrité d'un État. Ils n'ont pas su envisager cette hypothése qu'un beau jour la colonie, suffisamment éduquée ou préparée, pourrait créer à sa métropole de sérieux ennuis. On comprend, au surplus, que, jusqu'à une date r~cente, ils n'aient point accueilli une pareille notion. Comme les dépendances des

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