La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVUE DES REVUES 375 essentielle condition de la beauté. A moins de se résigner noblement à crever <le faim, les artistes et les écrivains sont forcés de servir la clientèle à son goût. Mais ils se vengent en la mystifiant. Comment Tolstoï, qui a le sens de l'ironie à un ~i haut degré, ne s'en est-il pas aperçu à la lecture des sonnets de M. Mallarmé et des. chansons de M. Mreterlinck ! * * * Si M. Ernest Lavisse n'avait eu à sa disposition que le Livre jau11e; si, au lieu d'être un écrivain soucieux de se documenter exactement, il avait été un membre de la· législature qui s'achhe d'une manière aussi attristante, il lui eût été impossible « de suivre l'historique de la négociation» des préliminaires de la paix entre la .Grèce et la Turquie. Il suffit de lire l'article que M. Lavisse consacre aux événements d'Orient dans la Revue de Paris du 15 février pour comprendre les motifs auxquels a obèi M. Hanotaux en faisant de ce recueil sur la 'question « le moins complet», bien qu'il ait paru « après tous les autres ». Si on n'y trouve pas, comme ·dans le Livre bleu du ForeignOffice, ou le Livre vert de la Consulta, de dépêches générales mais « un choix de télégrammes», ce n'est pas 'par m_éprisde l'opinion publique française, mais par pudeur d'avoir à lui avouer le rôle humiliant joué par la Rép,uj ,J... bliquc dans cette néfaste négociation. En somme, de l'examen a.ttentif des documents diplomatiques, ressort pour M. Lavisse la preuve flagrante, irréfutable, que· l'Allemagne a conduit toute l'intrigue, et que, pour ne pas nous séparer de la Russie dont l'intérêt i se faire la protectrice du sultan est évident, nous avons sanctionné la politique de l'empereur Guillaume, « protecteur de la finance allemande, de la· finance tout court, c'est-à-dire de_ tous les intérêts capitalistes>>. Le servilité française a pris prétexte du péril anglais pour substituer à sa traditionnelle politique la politique des intérêts capitalistes inaugurée par le kaisef aux attitudes feodales: Peu habituée à cette posture, la France a été jouéj;!.L'article de M. Lavisse confirme éloquemment les critiques que les députés soèialistes ont fait entendre à la .tribune: Il est le douloureux et trop exact procèsverbal de carence morale qui frappe notre malheureux pays. Dans cette triste affaire, la France a tout perdu, et l'honneur en sus. ' . . . E. F. •' ;._

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