La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REYUE DES REVUES 373.. cette prédication tire tout son lustre, et il en a bien le sentiment. Quoi, qu'il en ait, en effet, la littérature continue de tenir une grande place dans ses préoccupations et ce n'est pas seulement en moraliste qu'il la juge. Écoutez-le parler de M. Paul Adam : « Alors c'est de cette façon qu'écrivent vos jeunes homives de lettres? Ils ne trouvent donc pas que votre langue, si belle, si noble et si pure, soit suffisante? Il faut absolument qu'ils la torturent et qu'ils nous torturent nous-mêmes? C'est d'autant plus dommage que celui qui a écrit ceci a certainement du talent: j'avais renoncé à le lire jusqu'au bout, rebuté par la première phrase, et quand je l'ai repris, j'en ai été fort aise .. Seulement, il y a toujours cttte phrase que je ne comprends pas : « Il y a ceux dont la clameur ... » « Tolstoï, ajoute M. Henry Lapauze (r), est visiblement pour. suivi par la phrase de M. Paul Adam. Vingt fois, au cours de la soirée, elle remonte à ses lèvres : « Non, est-il possible qu'on puisse écrire un pareil charabia : « Il y a ceux ... » quand il est si facile d'être clair avec la langue la plus pure qui soit au monde: « Il y a ceux ... » Non, jamais, entendezvous, jamais on ne me fera accepter cette phrase-là pour du • français. >> Ici, on prend le littérateur sur le fait. Il a été fort aise de n'avoir pas renoncé :'t lire jusqu'au bout les Energies de M. Paul Adam, qui est un écrivain dont toute l'œuvre est bourrée de pensces et par là doit plaire au vieux penseur retiré de la littérature. Mais il n'a pas su avaler la phrase difficile qui commence par ce malencontreux « Il y a ceux ... >>. Il est vrai que, si pénétré qu'il soit de la littérature française et tenu au courant de ses plus récentes productions sans solution de continuité entre celles-ci et les œuvres de la grande période de cristallisation - je veux parler du dix-septième siècle, - Tolstoï ne peut, en dépit de son cosmopolitisme de fait et de pensée, dépouiller le Russe qui apprit notre langue dans nos grands classiques. Les libertés que prennent avec la syntaxe les auteurs ultra-modernes, leurs. exhumations de .mots et de tournures de phrases abolis par les. Malherbe et les Boileau, tout cela ne lui dit rien qui vaille. Parmi les écrivains contemporains, ceux qu'il préfère, c'est précisément ceux. dont la phrase claire, simplement et logiquement construite, est faite de mots précis : c'est pour leurs quillités classique~ qu'il les préfère., Maupassant, qu'il place au premier rang, doit cette fortune à ces qua-. lités. Or, les classiques dont se nourrit la jeunesse de Tolstoï n'étaient pas des artistes, au ~ens donné aujourd'hui * ce mot. De même. que, )es navires chargés. jusqu'au çord ont un balancement plus ré~ulier, (1) De Paris au Volga, - Vne Visite a Lion•Tolstoï.

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