La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES REVUES Littérature et Philosophie M. Tarrida del Marmol vient de traduire, dans la Revue blanche du r 5 février, le dixième chapitre du nouveau livre de Tolstoï : Qu'est-ceque l'art? Ce chapitre est consacré aux écoles d'art et de littérature écloses au cours de ces dernières années. La Revue Blanche, dont les tendances d'art sont bien connues, dit avoir « voulu seulement fournir à la curiosité de ses lecteurs un document significatif ». Elle doit être d'autant plus louée pour cet acte de courageuse probité littéraire que chaque ligne, chaque • mot de « l'illustre écrivain oriental », est une protestation contre les formes d'art qui lui sont chères. Tolstoï, on le sait, est un grand liseur. Depuis qu'il a renoncé à la littérature proprement dite, nulle production de la littérature contemporaine n'échappe à son examen critique. Mais on sent à le lire qu'on n'a pas en face de soi un grognard retraité qui pique rageusement de petits drapeaux la carte du théâtre de la guerre ou ses cadets évoluent et se réjouit de leurs fautes, qu'il eût évitées si on lui avait laissé le commandement. S'il a renoncé à la littérature, il l'a fait volontairement et pour mieux servir son idéal. J?e poète, il s'est institué prophète. De son plein gré, il a dépouillé sa pensée des vains ornements de l'art et ramené ses fictions à la simplicité de l'apologue ou plutôt du conte populaire. Imaginez Victor Hugo se faisant maître d'école au village. Je sais que je n'offenserai dans sa fierté ni n'offusquerai dans sa modestie l'homme qui a écrit Le salut est en nous. Il tient pour peu de chose la gloire que les lettres lui ont donnée au regard du bien qu'il espère de sa prédication morale. C'est de cette gloire pourtant que

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