La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

• LE << PARIS » DE M. ÈMILE ZOLA 359 une foi à sa taille dans le magasin des amis de son frére? M. Zola ne l'a pas voulu, manifestement, et c'est sans doute à dessein qu'il a choisi à Guillaume Froment un tel entourage de rêveurs aux doctrines périmées ou férocement nihilistes. C'est à dessein aussi que l'arbre parlementaire d'où tombent les marrons que Mégc, le collectiviste, tirera du feu pour l'adroit et prudent radical Vignon, masque la forêt socialiste aux yeux inquiets de Pierre. Je crains, il est vrai, que M. Zola ne partage l'abusement de son héros. Peut-être le plan de son livre était-il achevé quand retentirent les voix socialistes qui protestérent au nom <le'la tradition française contre la servilité du gouvernement dans les affaires d'Orient et au nom de la traditio11 liberale contre les lois qui bâillonnérent la presse. Pourtant, il a entendu les mécontents, ceux qu'il appelle « les socialistes du dehors», reprocher à Mége de n'être plus qu'un rhéteur « depuis qu'il emargeait comme depute ». S'il a entendu ces voix, si peu nombreuses qu'elles se perdent dans la masse et si peu retentissantes, puisqu'elles n'ont ni tribune ni presse, comment M. Zola n'a-t-il pas entendu un de la masse lui dire que ces . « parlementaires » passent leurs dimanches à propagander sur tous les points du territoire et qu'il en meurt parfois à la peine, léguant pour tout bien leur écharpe à leurs enfants! Est-ce donc que la bombe bourree de clous est plus pittoresque que le discours bourré d'arguments, et M. Zola disait-il vrai quand il avouait naguére s'être trop incomplétement dégagé des liens du romantisme ? Pour les lecteurs de son livre, paru en 1898, son Paris sera le Paris de 1898, qu'il l'ait ou non voulu. Et ses lecteurs, qui savent Paris conquis au socialisme, seront si'ngulièrement déçus de le voir le théâtre de la lutte d'une poignée d'anarchistes contre quelques monuments publics et privés. L'anarchie, ne pouvant être scientifique, s'est faite litteraire, ce qui lui vaut cette bonne fortune. Mais en est-ce une pour M. Zola, qui a consacré l'effort continu de toute sa vie à être un littérateur scientifique? Puisque Pierre ne peut sauver les autres, où 1 trouvera-t-il au moins les moyens de son propre salut? Chez ce frère méconnu, au milieu de l'admirable famille dont ceux qui lui sont attachés par le cœur ne se distinguent. pas de ceux qui lui sont attachés par le sang. Ils vivent tous là-haut, à Montmartre, groupés autour de Guillaume, beaQ comme un patriarche moderne. La vérité est le culte de cette famille; une héroïque sérénité lui fait braver les orages avec l'allégresse de gens qui sont d'accord avec eux-mêmes par la certitude et avec la nature par la santé. Cette « maison louche » que supposait l'ignorance de Pierre est une maison de clarté. Placée au sommet de Paris, elle reçoit les premiers rayons du soleil, et quand Paris se plonge dans le crépuscule ses vitres lui envoient les dernières flèches d'or de l'astre déclinant. C'est là que Guillaume, voué à la chimie,

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