LA REVUE SOCIALISTE d'apôtre, assez mal soigné de sa personne, déjà vieux et usé pour ses quarante-cinq ans, avec des yeux de brûlante jeunesse, étincelants derrière les verres du binocle qui ne quittait jamais son nez mince, en bec d'oiseau ... Devenu le chef du parti collectiviste par sa foi ardente, par l'extraordinaire activité de son tempérament dè lutteur, il avait réussi enfin à entrer à la Chambre; et, très documenté, il s'y battait pour ses idées avec une volonté, une obstination farouche, en doctrinaire qui avait disposé du monde. selon sa foi, réglant pièce à pièce le dogme du collectivisme... Ce rêveur autoritaire... était pauvre, cachant sa vie, vivant avec une femme et quatre enfants qu'il adorait.» Fonsègue, directeur d'un grand journal, brasseur d'affaires qui se sert de sa feuille « pour régner en maître sur le marché », ne croit ni à Dieu ni à diable, mais a « fait de ce journal le soutien de l'ordre, de la propriété et de la famille>>. Lui non plus ne veut pas s'occuper de Laveuve, dont le dossier a été examiné et qui, buveur et incroyant, ne mérite pas la pitié des honnêtes gens. Vous vous en doutez : quand la ténacité de Pierre aura vaincu l'insouciance des uns et la répugnance des autres, Laveuve sera mort dans son galetas. Mais l'abbé aura entrevu la corruption bourgeoise, parlementaire, nobiliaire, mondaine. Il aura aperçu aussi Salvat, las de souffrir et de voir souffrir les siens, lançant une bombe qui écorne à peine le portail de l'hôtel .Duvillard et éventre une innocente petite ouvrière qui passait. Cet événement transporte Pierre dans un tout autre monde. Son frère, Guillaume Froment, arrivé trop tard pour 1 arrêter Salvat dans l'exécution de son projet, a été blessé par un éclat de la bombe. Pierre l'emmène chez lui, dans ·sa petite maison de Neuilly, où il sera soigné sans que nul se doute jam;is de ses relations avec le dynamiteu'r. Pour son frère, il est « un déclassé, de conduite louche, n'ayant pas même épousé la femme dont il avait eu trois enfants >l. La présence au moment de l'attentat de ce frère « aux idées exaltées du savant et du révolutionnaire », indique un lien entre lui et Salvat, mais Pierre l'a vu se jeter sur la bombe et tenter d'en éteindre la mèche. De son côté, Guillaume croit toujours que Pierre est « un prêtre de la foi la plus solide, sans un doute >l. Ses amis sont Bache, le conseiller municipal, fils de saint-simonien, « passé aux idées de Fourier par un besoin personnel d'ordre et de religiosité >l; Janzen, un anarchiste. étranger, froid et ironique; Théophile Morin, un professeur, proudhonien tourné au positivisme scientifique d'Auguste Comte; Barthes, héros des luttes légendaires, conspirateur dans les rares intervalles de ses cinquantes années de prison; Bertheroy, le savant chargé d'honneurs, qui méprise la politique et compte uniquement sur la science pour réaliser «.la cité de justice et d'humanité ii. Désabusé des riches et des gouvernants, Pierre va-t-il trouver
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