LE «PARIS» DE M. EMILE ZOLA une bonne partie du Parlement. Si le ministère tombe sous le coup des révélations du journaliste, Silviane ne débutera pas. Si le ministre actuel s'oppose :.\.ce début scandaleux, le baron le fera sauter. Il embauche des députés pour faire débuter Silviane, comme il les embauche pour faire un coup financier. Et les députés marchent. La baronne est une juive convertie. Elle a pour amant Gérard de Quinsac, un jeune noble ruiné que lui dispute sa fille. Celle-ci vaincra, bien que laide et contrefaite, car elle a pour elle ses deux millions, qu'elle peut offrir en légitime mariage au gentilhomme pauvre. Cc mariage désespère la mère de Gérard et son vieil amant platonique, le marquis de Morigny. Ils s'y résigneront, cependant. Le cher enfant est si faible, si incapable de g:igner sa vie. Si Cqmille, ce nom quasiviril lui va bien, mène rudement la lutte contre sa mére, si elle va jusqu'à une scéne presque publique pour la contraindre à lui céder Gérard, son frére Hyacinthe, un nom hermaphrodite qui est une trouvaille pour ce personnage « affectant l'horreur de la femme », vit « au milieu d'un monde extraordinaire d'artistes, de filles, de fous et de bandits». Elle est le garçon et lui la fille de cette famille de proie dont il n'a gardé que les traits physiques. Les familiers de la maison Duvillard ne valent pas mieux. C'est le député Dutheil, « un charmant garçon >>,pauvre et dépensier, qui vend ses votes à Duvillard, pour faire la fête. C'est le juge d'instruction Amadieu, « très mondain, amoureux de publicité », plat valet du pouvoir et suffisamment psychologue pour savoir que le véritable pouvoir c'est la richesse. C'est encore le général de Bozonnet, oncle de Gérard, caricatùrale culotte de peau, bonapartiste par esprit militaire; sa présence dans la maison couvre la dégoûtante et double manœuvre sentimentale et matrimoniale de son neveu. C'est enfin, car je dois me borner, la princesse Rosemonde de. Harth, une détraquée exotique qui étudie les explosifs avec des anarchistes qui puent la police et flirte avec des poètes symbolistes. C'est ce monde que Pierre tentera d'apitoyer sur Laveuve. Mais chacun a ses affaires. On le renvoie à Fonsègue, le député, administrateur de !'Asile. Et le voilà qui erre dans le Palais-Bourbon en compagnie de Massot, le journaliste informé, canaille à froid, « vivant en paix de la méchanceté et de la sottise universelles», qui lui détaille les alÏants et venants : Barroux, honnête, solennel et un peu sot, ministre du •moment; Montferrand, autre ministre, un audacieux jovial, coquin bon enfant, capable de tout; Vignon, aspirant ministre, jeune, ambitieux, bel homme et correct comme un fonctionnaire •parvenu. N'est-ce pas que vous mettez les vrais noms? Ici, ce ne sont plus des types, mais des portraits. Portr<1it aussi, ce signalement du député Mège, l'orateur collectiviste : « Il était grand, d'une maigreur
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