La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE notre faute, car l'auteur, fidèle a sa méthode, ne nous a ménagé ni les avertissements ni les indications. Au moment où le livre commence, « sa double hérédité en éternelle lutte, son père dont il tenait la tour inexpugnable de son front, sa mère qui lui avait donné ses lèvres altérées d'amour, continuaient le combat, toute la bataille humaine du sentiment et de la raison ». L'hérédité se manifeste par un conflit. Cc conflit, seul le milieu pourra le faire cesser par l'accord du sentiment et de la raison, car ces deux forces sont en lui trop vivaces, trop égales, pour que l'une puisse vaincre l'autre et se la subordonner définitivement. Ensemble, donc, elles le tueront ou le feront vivre, à la volonté du poète et selon l'action des événements qu'il imaginera. La complexité initiale de Pierre, on le conçoit, donne au milieu une influence prépondérante. Déchiré par le combat du cœur et <le la raison, il ne peut pas plus réagir contre le milieu qu'une ville en proie aux factions ne pourrait se défendre contre l'ennemi. Dans le livre de M. Zola, l'ennemi entre en libérateur pour pacifier. Sa volonté soit faite. C'est une solution comme une autre. Étant donné, je le répète, l'état antérieur de Pierre, c'est la seule admissible. Le milieu agit sur Pierre, comme il agit sur chacun de nous : par attractions et par répulsions. Sa charité s'est exaltée au spectacle de l'abandon d'un vieux grabataire et de la détresse d'une famille dont le chef, Salvat, est en chômage. Et, tandis que Salvat se perd dans Paris à la recherche du travail, l'abbé ~e rend chez une mondaine, la baronne Duvillard, présidente de l'Asile des Invalides du travail, pour la supplier de hâter l'admission du père Laveuve. Le baron Ouvillard, premier du nom, « le véritable grand homme de la famille », a été « un des héros de la finance moderne par ses gains scandaleux sur la monarchie de Juillet et sous le second Empire, dans tous les vols célèbres des spéculations, les mines, les chemins <le fer, Suez». Son fils a accru cette puissance. Ce« triomphateur gras» est« le tentateur», « l'acheteur des conscienëes >>. Il traite « de plain-pied avec les gouvernements »; son père représentait la« conquête», il représente la « curée ». Il est « la bourgeoisie clic-même qui, dans le partage de 89, a tout pris, qui s'est engraissée de tout, aux dépens du quatrième État, et qui ne veut rien rendre». C'est ~n «jouisseur»; naturellement, il a la cc tare » de tout fils de conquérant. Son vice, son ignominie, est une certaine Silviane qui « n'a eu, jusque-la, au théâtre, que des succès de beauté ». Cette fille a la face pudique de vierge l'affole des rivaux et des rivales qu'elle lui donne, et elle ne lui permettra même plus de l'approcher, de jeter l'or et les perles sous ses pieds, s'il ne la fait débuter a la Comédie-Française dans le rôle de Pauline. Duvillard est plus soucieux de cette menace que des articles de Sanier qui dénoncent ses brigandages, auxquels il a associé

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==