La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

, LE « PARIS » DE M. ÉMILE ZOLA 355 fermer 1'oreille, d'autre part, au cc cri de justice qui monte de toutes les lèvres, la justice sur cette terre, la justice pour ceux qui ont faim, que l'aumonc est lasse de secourir depuis dix-huit siècles d'Évangile, et qui n'ont toujours pas de pain à manger»! Entendre ce cri, c'est renoncer à être prêtre, puisque les chefs des prêtres lui ont dit à Rome que l'Évangile n'est pas un code social et que le Bréviaire est plus essentiel au prêtre que l'Évangile. Éperdu d'amour, affolé de justice, il croit se satisfaire dans les vaincs œuvres de charité, et plus il veut secourir ses frères en détresse, plus leur nombre croit à ses yeux désespérés; et plus grandit cette détresse, plus grandit le sentiment de son impuissance. Pour une mère venue demander à Dieu un miracle et que le prêtre a rassurée, combien de mères ont vu mourir leur enfant malgré les plus ardentes prières. Pour un vieillard qu'il a sauvé d-e la faim, combien de vieillards attendent dans l'horreur de la tumultueuse solitude de Paris que la mort les délivre de la famine. Comment ce prêtre, qui a vu le néant de la foi et sondé la vanité des œuvres, redeviendra+il un homme? A quelle foi nouvelle se vouera cette âme désespérée de ne plus croire? à quelle œuvrc nouvelle s'attellera ce laborieux désolé de son inaction en face des immenses tâches qui s'offrent à lui? La misère sociale est le phénomène qui l'a le plus vivement frappé; elle est pour lui le mal le plus immédiat, le plus profond. Déjà, quand la foi s'était en allée de lui, il avait rêvé une Église qui survivrait aux dogmes périmés grâce à une active charité sociale. Il est un apôtre, mais il est de son temps. Si la foi était resté en lui, serait-il un Lamennais ou un Loyson? Non. ' « Luther, reYenant de nos jours, finirait à un cinquième des Batignc•lles, oublié et mourant de faim. » Eh bien, non, Pierre n'est pas un apôtre. Et la preuve, c'est que, bien que l'apostolat soit de tous les temps et puisse s'exercer par les moyens les plus divers, fût-ce la grosse caisse de la maréchale Booth, il n'exercera aucun apostolat. Il a une âme d'apôtre, mais il n'en a pas l'étoffe. Libéré enfin de ses ingoisses et dépouillé de sa robe, il ne donnera pas une œuvre à l'humanité, mais un enfant à sa femme. Je ne ·critique pas : je constate. Après tout, je ne vois pas pourquoi M. Zola aurait conçu son personnage autrement. Songez que Pierre était prêtre, et que de là à redevenir un homme il y a si loin ; un tel effort suffit à emplir une existence. Pierre, dégagé de l'Eglise et lancé en apôtre dans la société, y aurait immédiatement rebâti une église dans laquelle il eût jalousement emmuré la parcelle de vérité conq·uise, et les vérités sont des plantes qui ne poussent pas entre les pierres. Si, d'autre part, nous avons prévu pour Pierre une autre destinée que celle de redevenir simplement un homme vivant pour son propre compte, c'est bien

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