L'AqITATION MILITAIRE ET RELIGIEUSE 351 tuelle en régime capitaliste. Les journaux littéraires à grand tirage, malgré les sympathies personnelles que M. Zola y compte, ont fait feu des quatre pieds contre lui et les écrivains ont été condamnés à une neutralité bienveillante. Mais l'Université a défendu vaillamment les droits de la pensée humaine et son intervention est un des spectacles les plus réconforta'nts auxquels il nous ait été permis d'assister depuis longtemps. C'est la manifestation la plus précieuse et a nos yeux la plus significative de toutes celles qui se sont produites au cours de cet événement, et l'indice probant que le danger peut, en somme, être conjuré. • Les partis politiques ont révélé un état d'esprit misérable et qui reflète bien les incertitudes et les fluctuations de la bourgeoisie capitaliste, oscillant entre la liberté et le césarisme, entre la peur c\es revendications sociales dont l'armée est l'instrument de répression et la peur du militarisme qui ne réprime les aspirations d'en bas qu'en confisquant les conditions mêmes du développement bourgeois en haut. La liberté politique est la condition essentielle du régime capitaliste et c'est l'antinomie insoluble entre les deux termes de laquelle sont ballottées nos classes dirigeantes désemparées, que la liberté soit indispensable au fonctionnement normal de l'ordre économique, tandis que l'épanouissement de cette liberté favorise toutes les revendications sociales du prolétariat. C'est la la contradiction que Tocqueville avait entrevue, quand il signalait la difficulté de concilier les armées permanentes avec le régime de la démocratie ( ce dernier mot entendu au sens politique bourgeois). L'histoire de la bourgeoisie au dix-neuvième siècle n'est qu'une suite d'efforts contradictoirès tentés pour satisfaire tantot le besoin de liberté inhérent au jeu de la production capitaliste, tantot le besoin de réaction que la peur de demain souffle à certaines heures au cœur des classes possédantes. Car le progrès du militarisme a pour corollaire le réveil de l'oppression religieuse. L'un ne va pas sans l'autre. L'armée et l'Église sont deux forces rétrogrades, naturellement alliées, dans la société contemporaine, et faites pour s'étayer l'une l'autre. Cette vérité sociale s'est vérifiée au cours du procès Zola. Les professeurs des instituts religieux conduisaient leurs élèves place Dauphine affirmer leur attachement à l'armée. Mais ces deux puissances, survivantes à des formes politiques et sociales disparues, sont également funestes aux classes qui s'appuient sur elles et aux classes qu'elles oppriment. L'armée et l'Église ne sont pas un élément de vie, mais de mort; la première ravit la liberté, même à ceux qu'elle sauve; la seconde complète dans l'ordre moral et. intellectuel l'œuvre d'asservissement commencée et aboutit à une régression mortelle. Or, pour irréductibles que soient les conflits sociaux qui divisent les classes en lutte dans notre société moderne, un
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