La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

/ 35° LA REVUE SOCIALISTE rain mouvant semé de pièges, les députés socialistes ont été l'objet d'attaques parties des deux cotés. M. Zola, au début, leur a reproché de ne pas s'être ralliés a M. Schcurer-Kcstncr, et quelques jours après on nous reprochait, selon la coutume d'argumenter, de défendre le traitre Dreyfus. Je suis peut-être mal placé pour apprécier une conduite dans laquelle j'ai ma part de responsabilité personnelle, mais il me semble difficile que des hommes impartiaux et de bonne foi puissent critiquer notre attitude et trouver qu'elle n'ait pas été en accord constant avec tous nos principes. Que M. Zola et ses_amis se soient jetés dans la bataille avec la belle impétuosité qu'ils y ont déployée - d'abord ils n'engageaient qu'eux seuls, et ensuite leur conviction était fondée, reposait sur un ensemble de faits qui se sont revélés ensuite un par un, dont tous, même, ne semblent pas être parvenus a la connaissance du public, car Émile Zola, dans la déclaration lue au jury, a fait allusion, paraît-il, a des incidents que le procès n'a pas mis au jour. Donc, au commencement, nous n'avions pas de jugement éclairé a porter, d'opinion positive a faire prévaloir. Cependant, les polémiques s'avivant, des démonstrations parcourant les rues, le groupe lança un manifeste pour mettre en garde le prolétariat contre les décevantes folies de l'antisémitisme et les menées du haut commandement. Après le procès Esterhazy, Jaurès, en un discours qui exprimait notre sentiment a tous, s'éleva contre le huis-clos et les irrégularités judiciaires. Enfin, après le verdict du jury, Viviani prononça, au nom du groupe, un superbe réquisitoire contre les généraux qui avaient jeté le poids de leur cpée dans la balance de la justice. J'ajoute qu'en dehors de la Chambre, par la plume et la parole, nous n'avons cessé de dénoncer le péril militaire, de flétrir les pratiques de l'état-major et de rappeler a elle-même la conscience républicaine. Les opinions particulières sur le fond même du drame Dreyfus ont pu différer au sein de notre parti : sur le terrain de la défense du droit et des traditions révolutionnaires, notre parti peut se glorifier a juste titre d'avoir fait front contre les ennemis de la République et de ne pas avoir abaissé devant eux le drapeau de la pensée et de la liberté. On peut dire que dans le désarroi universel des intelligences et des cœurs, les socialistes, isolés, sont restés dans la logique de leurs principes. Quand je parle de l'isolement des socialistes, je veux parler de leur isolement dans le milieu parlementaire; car, a l'extérieur, les lettres et l'Université ont donné l'exemple <le la vaillance et du courage civiques. La personnalité de M. Zola a été pour beaucoup dans la levée des boucliers littéraires. Encore la littérature a-t-elle eu des défaillances qui jettent un triste jour sur les conditions de la production intellec-

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