La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

L'AGITATION MILnAIRE ET RELIGIEUSE 349 de s'appesantir sur la facilité de programme qu'elle offre aux futurs candidats conservateurs ou ralliés. L'attitude du parti républicain.n'a guère différé de celle du parti conservateur. D'abord, le cabinet actuel, étranger à toute préoccupation élevée, vivant au jour le jour d'expédients et de marchandages, a vu dans l'affaire Dreyfus-Zola un dérivatif excellent, un événement susceptible de dcsagrcger la forte opposition qu'il rencontre dans certains milieux. Puis ne vivant que par la permission et les votes de la droite, il lui était déjà difficile de garder la neutralité sans provoquer l'irritation et le ressentiment des monarchistes et des cléricaux; l'intérêt parlementaire, autant que l'intérêt de sa popularité au dehors, lui commandait donc de hurler avec les loups et il a hurlé - insulté Zola, défendu l'honneur de l'armce et de la France. Cependant, au sein de sa majorité rcpublicaine proprement dite, des divergences nombreuses se sont produites qui n'ont d'ailleurs pas dcpassé le comptoir de la buvette ou la salle des conférences. Les irrégularités - graves ou non, peu importe - signalces dans l'affaire Dreyfus, les démonstrations militaires faites au Palais de Justice les ont profondcment troublés. Mais le cabinet est le ciment qui tient les diverses parties de la majorité à la veille de se présenter au scrutin. Si le cabinait tombait, tout s'effondrerait et les morceaux effrités du bloc gouvernemental ne seraient plus que platras informes devant le corps électoral, qui ne reconnaîtrait plus en eux les dispensateurs de la manne officielle. Et puis, la majorité du pays, abusée par mille récits fantastiques, croit qu'on a voulu déshonorer l'armée pour réhabiliter un traître. Ils lui ont enseigné que la grandeur du haut commandement était le palladium de la France. Essayer de remonter cette opinion à cette heure ne serait-il pas dangereux? Ils ont donc voté fidèlement avec le gouvernement, « respecté >> l'armée et condamné à leur tour les rnanœuvres de ceux qlli portent atteinte· à son prestige. Les radicaux n'ont pas eu une attitude moins miserable. Ils ont surenchéri sur le « patriotisme » du centre et du gouvernement. M. Cavaignac accusait naguère le général Billot de ne pas se montrer assez chatouilleux sur le chapitre de l'honneur militaire. Quelques exceptions honorables se sont produites, cependant, parmi eux : MM. Hubbard, Pelletan, Goblet, i\fathé et Pajot, par exemple, ont voté avec nous, toutes les fois qu'il nous a été possible de présenter un ordre du jour reflétant nettement notre opinion. Mais en somme, le parti radical, pris en bloc, n'a pas différé d'attitude, à quelques exceptions près, avec le centre et la droite. Et les socialistes ? Comme il arrive toujours, quand un groupe d'hommes encourant une responsabilité s'oriente et n'avance que prudemment sur un ter- '

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