LA REVUE SOCIALISTE charria comme les autres des hottces d'ordures à l'adresse du grand écrivain. Quant aux journaux religieux, leur place naturelle était tout indiquce, dans ce pandémonium de violents. Il y avait un Juif, au point de départ de l'affaire et l'Église, lorsqu'elle ne peut allumer,, comme en 1824, le bûcher dévorateur de Moloch, avive au moins les colères et attise les fureurs contre les Juifs et les mccréants, en attendant mieux. L'antisémitisme, en effet, a trouve dans l'affaire Dreyfus le terrain propice à son action incohérente et folle, laquelle ne pouvait être logiquement que ce qu'elle a été, parce que, dès qu'il passe de la critique purement financière aux tentatives de réalisation positive, il aboutit, à Paris et à Alger, comme à Vienne et à Prague, aux scènes de pillage et de meurtre qui partout ont marqué la trace de son action. J'ajoute que la qualité de Juif de l'ex-capitaine Dreyfus n'a pas peu contribué à aliéner à M. Zola les sympathies de la population. li l'a reconnu lui-même, les masses se sont défiées instinctivement d'une revendication judiciaire formulée en faveur d'un Juif et ont été incitées par là à croire à l'existence d'une machination ourdie contre l'armée qui l'avait chassé de son sein. Tels sont donc les éléments très divers, mais nombreux et considérables, avec les causes et les mobiles particuliers à chacun d'eux, qui sont intervenus dans l'agitation faite autour de l'affaire Dreyfus. Maintenant, quelles suites peut avoir ce mouvement confus? Pour dégager la leçon de choses que comportent ces incidents et entrevoir quelques-unes de ses conséquences possibles - je ne dis pas certaines - il convient tout d'abord d'interroger l'attitude observée par les partis politiques au cours des diverses phases de l'agitation et les manifestations de l'opinion éclairée. J'ai déjà montré l'unanimité du parti conservateur et clérical à faire chorus autour des rodomontades militaires. C'est lui qui, à la Chambre et dans les journ'.1ux, n'a pas cessé de sommer le gouvernement de poursuivre les personnes qui révoquaient en doute la légalité de la sentence rendue en 1895 et dont les protestations étaient assimilées au crime de trahison, pour lequel Dreyfus a été condamné. Le parti réactionnaire, assez embarassé de trouver une plate-forme électorale, puisque le prétendant en est réduit à conseiller à ses fidèles de voter pour les candidats ministériels, aurait été ravi que partout la • question électorale se simplifiât, réduite à ces deux termes : pour ou contre Dreyfus, pour ou contre la France; pour ou contre les traîtres. Ç'a été le mot d'ordre des journaux qui ont mené la campagne de ténèbres et de mensonges de ces derniers mois, et il n'est pas nécessaire, je pense,
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