J_' AQITATION MILITAIRE ET ,RELIGIEUSE 347 le chauvinisme français dont il a fait un instrument de régne et de défense sociale. Depuis dix ans, les socialistes n'ont-ils pas été dénonces pour leur internationalisme comme les ennemis de la patrie? Au cours du proces Zola, tout ce qui en Europe a garde avec le culte du droit un lien de communion révolutionnaire avec la France, grande encore de son passé, malgré ses chutes et ses fautes, adressait à l'accusé de-s vœux ardents reproduits dans les journaux. Ces témoignages de sympathie, au grand étonnement des amis de M. Zola et sans doute de lui-même, bien loin de valoir à l'accuse un retour de l'esprit public, l'exaspéraient. On voyait là la main de l'étranger, et ce n'est pas en vain que les accusations d'antipatriotisme se multipliaient. Nous aussi, aux heures de lutte ou de démonstration internationale, quand nous fraternisions avec nos coreligionnaires d'Allemagne et d'Italie, dont les premiers ont subi la prison et les outrages pour la. France, dont les seconds ont versé leur sang pour elle sur les champs de bataille de Dijon et de Nuits, on nous accusait de trahison et de menées antifrançaiscs. Depuis dix ans, on surexcite contre le socialisme le même chauvinisme stupide et antifrançais qui se rue aujourd'hui contre M. Zola. Les opportunistes, unis aux clericaux, tcntérent, il y a deux ans, d'organiser i Lille une émeute contre Licbneckt, qui en r8ïI avait failli être écharpe à Leipsick pour un discours symp:1thiquc à la France vaincue:. Donc l'éducation militaire déplorable dont on a saturé cc pays, la suggestion de respect idolàtre envers l'autorité militaire auquel l'ont faconné ceux-la mêmes qui redoutent aujourd'hui les prétentions du haut commandement, livraient nécessairement la foule sans défense aux excitations de ceux qui avaient intérêt - abstraction faite de l'affaire Dreyfus en elle-même - a une agitation militariste. Ai-je besoin de dire que les intéressés à cette agitation sont les éternels ennemis de la France et de la Révolution? Car la France et la Révolution ont une destinée commune, inséparable. Elles sont liées l'une à l'autre, dans les jours de gloire comme dans les jours de deuil, aux heures de progrés triomphant comme aux heures de réaction victorieuse. Remarque intéressante à faire : lors du mouvement boulangiste, malgré la part active prise par le comte de Paris à la conspiration césarienne, des journaux: conservateurs s'abstinrent d'y participer et de suivre le courant. Le Soleil, par exemple et la Gazettede France, refusèrent de s'associer a la mascarade du cheval noir. Cette fois, la mascarade judiciaire organisée par l'état-major a reçu l'approbation enthousiaste unanime de tous les organes conservateurs qui ont marché comme un seul homme derrière le général de Boisdeffre. L'attitude du parti monarchiste en cette circonstance mérite d'autant mieux d'être notée, que certains, au début, tel que le Soleil, avaient affecté une certaine retenue. Du jour où Zola eut publié sa lettre, ce journal
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==