LA REVUE SOCIALISTE Ducrot, les Vinoy, bref, tous les _artisans de déroute que l'armée et le peuple actuels vénérent a l'égal des héros de la Révolution. Apres 1878 et l'avéncment du parti républicain, cc fut bien pis. Jusque-là, cc parti, contre lequel se dressait menaçante l'aristocratie militaire encore inffodée publiquement aux partisans des régimes déchus, avait lutté, quoique timidement et avec hésitation, contre la caste militaire en voie de formation, et susceptible de lui barrer l'accés du pouvoir. Quand les partis réactionnaires eurent été balayés, au lendemain du Seize-Mai, les nouveaux titulaires de l'autorité reçurent avec les transports d'une joie naïve de parvenus, les protestations d'obéissance et de fidélité des chefs militaires. Ceux-ci, en effet, fortement constitués en État dans l'État, se recrutant eux-mêmes, indépendants de tout pouvoir extérieur, n'avaient plus aucune raison de rester attachés à la fortune de prétendants dont le retour devenait de plus en plus . problématique. La République nouvelle abjurant ses traditions, glorifiant l'armce et l'abandonnant a la direction de ses chefs, fut acceptée par eux - au moins comme pis-aller et pour la forme, sinon dans son esprit. Cette adhésion, en effet, n'entrava en rien l'extension de son influence et de son autonomie. C'est sous le régime républicain que l'aristocratie militaire perfectionna ses méthodes de recrutement et d'initiation. Les seuls éléments politiques et intellectuels qui eussent gardé jusque-là devant la force nouvelle une réserve prudente et quelque défiance abdiquant, le pays ne tarda pas à être l'objet d'une propagande militariste qui alla s'intensifiant toujours. Les grands chefs forent adulés, magnifiés et exaltés. Dans les expéditions coloniales, nos généraux purent s'affranchir de toute tutelle, gaspillérent l'or et le sang de la France en des entreprises qui étaient souvent des actes de désobéissance au pouvoir civil; l'impunité leur était acquise, la renommée chantait leurs exploits, les discours officiels consacraient leur gloire, la littérature les répandait, grisant la France et stupéfiant les esprits. Ah! les Ranc, les Scheurer-Kestner, les Trarieux veulent aujourd'hui réfréner l'insolence des généraux? C'est quand leur parti était au pouvoir, aux beaux jours de popularité opportuniste, qu'il fallait réagir contre les mutineries militaires et les défaillances des chefs, au lieu de les couvrir, de les dissimuler, de laisser empoisonner l'opinion à laquelle on présentait l'armée comme l'unique sauvegarde de l'indépendance nationale, non seulement contre l'ennemi extérieur, mais encore contre l'ennemi intérieur, accusé de pactiser avec l'étranger, toutes les fois qu'il dénonçait les abus de l'autorité et les iniquités du sabre. Car cette génération républicaine d'hommes de gouvernement, dont M. Zola a fait l'apologie dans ses lettres à la jeunesse et à la France, eut recours à tous les ar-tifices et à tous les mensonges pour surexciter
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