La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

L'AGITATION MILITAIRE ET RELIGIEUSE 345 Nul doute, cependant/que l'émotion n'ait été très vive, en dehors des milieux socialistes. On s'en rendra compte aisément, pour peu qu'on veuille bien réfléchir à la multiplicité des causes intellectuelles et politiques qui ont déchaîné le mouvement. Et d'abord, la cause la plus profonde, la plus générale, fayoriséc par ceux-là mêmes qui redoutent aujourd'hui de voir se retourner contre eux l'arme qu'ils ont forgée, réside dans l'éducation militaire donnée à cc pays depuis 1871. Depuis 1871, la France est en proie:\ une militarisation croissante, consistant bien moins dans l'cnrégimcntation. de ses fils à la caserne que dans l'cnrégimcntation des esprits, systématiquement faussés par toute notre littérature et notre enseignement public. Au lendemain des désastres, les fautaurs de nos catastrophes, les généraux dont l'impéritie, la trahison ou le mauvais vouloir aYaient provoqué nos défaites, furent les initiateurs de la reconstitution de nos forces matérielles et morales. Ironie amère de l'histoire! c'étaient ceux-la mêmes qui avaient laissé: meurtrir la patrie qu'on appelait :\ panser ses blessures et a la réconforter. Il le fallait bien. Les partis réacteurs s'étaient jetés sur notre malheureux pays con1mc sur une proie: l'armée qui avait réprimé la Commune et les tentatives d'insurrection républicaine près d'éclater sur tous les points du territoire, assurait i ces partis la sécurité. Notre année « nationale » fut donc reconstituée comme force de répression politique et sociale à l'intérieur en cas de révolte et livrée dés la premiérc heure aux chefs militaires du second Empire pour être façonnée à cette destination. Ceux-ci dèbutérent en chassant impitoyablement tous les élcments étrangers qui avaient pu la pénétrer pendant l:i guerre et lui insuffler le vieil esprit. La fameuse commission de revision des grades a laissé des souvenirs légendaires dans les mémoires de ceux qui n'ont pas tout à fait oublié l'histoire de leur temps et de leur pays. De 1871 a 1878, ce fut une débauche de sévérités disciplinaires et de mensonges historiques sans exemple dans les annales militaires d'aucune nation. On dit et on répèta a satiété que la France avait étè vaincue par le relâchement des liens de la discipline. En conséquence, tous les généraux battus dans vingt rencontres s'acharnèrent à réhabiliter leurs désastres, à établir une discipline de fer, à multiplier les bataillons et les corps disciplinaires d'Afrique, qui furent bientôt peuplés de républicains. J'en sais quelque chose; je fus déporté à Biskra en 1875 par un de ces oukases ministériels qui pleuvaient alors. La presse, les livre$, l'enseignement firent chorus avec les grands chefs, et travestirent les événements de r 870-71 pour refaire une virginité aux généraux de la débâcle, élevant sur un piédestal offert en adoration patriotique aux foules les Bourbaki, les du Barrai!, les Changarnier, les

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==