LA REVUE SOCIALISTE d'hommes au Reichstag allemand, prisonniers des conservateurs à la Chambre française, tenu en échec par la plus formidable majorité qu'il y ait eue à la Chambre des Communes, depuis le commencement de cc siècle, en Angleterre, il ne conserve ses positions que dans des pays de suffrage restreint, comme la Hollande et la Hongrie, ou dans cette oasis qui s'appelle la Confédération helvétique. Dans notre pays, au contraire, le plus industrialisé du continent, celui que Marx appelait le« paradis des capitalistes, la terre promise du libéralisme», les libéraux ne sont plus gucrc représentés à la Chambre, et nous sommes gouvernés par les lwsleelbeeren, les châtelains de la Flandre, les hobereaux du Cardron, les propriétaires de la Campine. En un mot, - paradoxe bizarre - c'est précisément dans le pays où la bourgeoisie est la plus forte que sa représentation parlementaire est la plus faible ! Cette apparente anomalie tient à des causes complexes. D'abord, les grands industriels sont assez forts aujourd'hui pour n'avoir plus besoin des secours de l'État. Aussi, la politique ne les intéresse guère. Tout cc qu'ils demandent, c'est que les pouvoirs publics interviennent, le moins possible, dans leurs affaires. Les agrariens, au contraire, plus durement frappés que les autres capitalistes, par la dépression économique, ne voient d'autre salut que dans l'intervention de l'État, dans cc socialisme à rebours qui s'appelle le protectionnisme. D'où leur effort désespéré pour ressaisir le pouvoir politique. Mais s'ils y sont parvenus, s'ils détiennent la majorité dans presque tous les Parlements d'Europe, c'est principalement parce que la bourgeoisie libérale a désormais besoin d'eux, pour se défendre contre le prolétariat socialiste. Partout où la classe ouvrière est fortement organisée, au point de vue politique, les bourgeois libéraux, abandonnés par le suffrage universel, ne sont plus qu'une monnaie d'appoint dans les échéances électorales. Obligés de choisir entre les socialistes et les réactionnaires, ils se rejettent du côté de ces derniers avec d'autant plus de force que le socialisme devient plus puissant. La prépondérance actuelle des agrariens, des propriétaires fonciers, des classes réactionnaires par essence, dépend donc absolument du bon plaisir de la bourgeoisie libérale. C'est elle qui fait pencher la balance en leur faveur, et qui, par crainte du socialisme, leur abandonne le pouvoir : elle ferait barre à gauche et provoquerait leur chute, s'ils venaient à en abuser. Aussi, la réaction politique et religieuse qui sévit en Europe - si dangereuses que puissent être ses conséquences immédiates - n'est, en réalité, qu'un mouvement superficiel. L' « esprit nouveau », les
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