La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PRO!'OS DU MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE 337 dans les pays <l'outre-Rhin, la série de nos triomphes révolutionnaires. Depuis lors, la richesse mobilière n'a fait que s'accroitre, tandis que l'importance proportionnelle de la propriété foncicrc, et spécialement de la propri<'.:té rurale, allait toujours d<'.:croissant. Bien plus qu'en 1848, la bourgeoisie capitaliste constitue la classe dominante et cependant - contradiction étrange à première vue - nous assistons, dans toute l'Europe, à l'<'.:clipse,totale ou partielle, du libéralisme. Partout, en effet, ce sont les ruraux, les agrariens, les propriétaires fonciers, qui tiennent le haut du pavé. En France, c'est le ministre de l'agriculture qui est ptesident du conseil. En Italie, les riches provinces industrielles du Nord se voient faire la loi par la haute finance, à moitié ffodale, et par les propriétalres de latifuudia, qui dominent dans le Centre et dans le Midi. Au Parlement anglais, le pouvoir appartient à la coalition de ceux qui repoussent le homerule, pour sauver la rente irlandaise, et défendent la Chambre des Lords, pour maintenir le privil1tge politique de la grande propriété. Au Landtag prussien, le pivot de la majorité, ce sont les kra11lj11ukers de la Vieille-Prusse, les hobereaux de l'ancienne Pologne. L'homme du jour, c'est M. Miquel, l'ex-bourgmestre d'Osnabrück, le pays du droit d'aînesse, de l'a11erbeurecbt, des antiques coutumes successorales, le promoteur des réformes à rebours, qui ont pour but de restaurer l'ancien régime agraire féodal, les Renle11güter, grevés de rentes perpétuelles et non rachetables. En Autriche, la multicolore et instable majorité qui, hier encore, acclamait le comte Badeni, se compose, principalement, de laschlachta, le club des grands propriétaires galiciens, et des conservateurs féodaux. de Bohême, qui possèdent à eux seuls, au nombre de 5,402, autant de représentants que les cinq millions et demi d'électeurs de la cinquième curie. • Bref, dans les principaux pays de l'Europe occidentale, dans ceux-là mêmes ou l'industrialisme a pris le plus grand développement, la propriété foncière paraît avoir repris son antique prééminence : le pouvoir politique est aux mains des la11dlords, des j1111lœrs, de la schlachta polonaise, des protectionnistes français, des grands propriétaires de Sicile, et, dans ce concert européen, cette Internationale des gouvernements qui renouvelle la Sainte-Alliance, le chef d'orchestre, c'est le tsar de Russie, souverain absolu de cinquante millions de paysans ! • Quant au parti libéral, le parti, par excellence, de la bourgeoisie industrielle, dépossédé du pouvoir en Autriche, réduit à une poignée 22

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