La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PROPOS DU MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE 33I Henri Heine, die Weber, la terrible malédiction des ouvriers silésicns contre leur Dieu, leur Patrie et leur Roi : Das Schiffchen Aiegt, der Webstuhl kracht Wir weben emsig Tag und Nacht Alt Deutschland, wir weben dein Lcichentuch, Wir weben hinein den dreifachen Fluch V.Tirweben, wir weben. D'après Bloss, l'historien de la Révolution de 1848 en Allemagne, le salaire de ces malheureux ne dépassait pas 9 thalers par semaine, pour seize heures de tranil par jour. Quand ils possédaient, en outre, un ou deux journ:rnx de terre et une vache, leur revenu nominal pouvait s'élever à I 80 marks par an, mais deduction faite des charges fiscales et féodales qui pesaient sur eux, il retombait à I 20 marks en\'iron. Pendant la première moitié de ce siècle, donc, on a pu dire, sans être démenti par les faits, que « le coût de production de l'ouvrier se réduit à peu près aux moyens d'entretien dont il a besoin pour vivre et pour propager sa race ». Mais, depuis lors, l'expérience de l'Angleterre a montré que c'était là une verité, toute historique et relatiYe: il suffit pour s'en convaincre de voir, dans Schulze-Gœvernitz, le tableau des progrès réalisés par les ouvriers du Lancashire. En Allemagne , ou le développement économique est moins avancé, il faut admettre, suivant Herkner, qu'à présent le pauvre ne devient pas plus pauvre, mais que le riche devient plus riche. C'est seulement dans les pays ou le capitalisme est d'introduction toute récente, que les assertions pessimistes du Manifeste restent provisoirement vraies. Au Japon, par exemple, d'après une publication r6cente, le salaire d'un mécanicien, de 1873 à 1894, s'est élevé seulement de 100 a I 33, tandis que le prix moyen des choses indispensables à l'existence s'élevait de 100 à 162, et le taux de la rente à Tokio, de 100 à 228. Encore faut-il noter que, depuis un ou deux ans, les grèves deviennent assez fréquentes, l'organisation ouvrière commence à se développer et le mouvement ascensionnel des salaires s'accentue considérablement. Au surplus, tout le monde est d'accord, aujourd'hui, parmi les théoriciens socialistes, pour abandonner la prétendue loi d'airain des salaires, à laquelle, d'ailleurs, Engels et Marx donnaient un caractère beaucoup moins inflexible que Lassalle. • Néanmoins, l'ancienne théorie persiste encore, à l'état de survivance, dans les clichés oratoires des réunions publiques, dans l'opinion des ouvriers d'art dont le salaire se réduit réellement au minimum, et

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