La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA RE\.UE SOCIALISTE Clam et autres o·alonncs • il en Yicnt à dcfcndrc un Estcrhazv. Dans la ' b ' • J fougue du fanatisme antiscmitiquc, un Drumont qui s'élevait contre la proccdurc scélérate crnploycc Yis à-vis des anarchistes clame aussi l'infaillibilité du conseil de guerre. Et, le lendemain du jour où, côte à côte a\'cc Zola, il conduisait le deuil d'Alphonse Daudet, il fait ou laisse insulter Zola dans la Libre Parole! Zola, lui, a crié puissamment le cri d'humanité dans cette affaire. Un cri étouffé Yitc, dans cc Figaro ctonné de son courage inaccoutumé, qui a reculé presque aussit6t. Les journaux, la presse immonde, ils se sont fermés, tout de suite, à toute idée de justice, même les plus indépendants, ou prctendus qucls, j'en sais quelque chose, 6 Sabatier! directeur de !'Éclair-Éteignoir - que le ministère de l'intérieur a décoré pour scrYiccs rendus à qui? et à quoi! - On a lu les brochures de Bernard Lazare, les articles de Clemenceau, ceux de Mir- . beau, de Jaurés, de Camille Mauclair, un jeune écriYain qui soudain, apres des errements et des courses aux esthétiques symboliques, s'est passionné pour la Yic ! Cc fut tout à peu prcs. Et l'honnête homme, M. Schcurcr-Kcstncr, qui avait osé parler de droit et de justice, a subi l'outrage de tout cc qu'il y a de mangeurs de fonds secrets dans le journalisme. Le syndicat! Il se recommence toujours, - le syndicat contre la Yérité, contre la liberté ! Personne n'a osé, pourtant, accuser Zola, Schcurcr-Kcstner, etc., d'ayoir touché de l'argent. Alors, leur conviction devrait être sacrée, pourquoi la basse injure, pourquoi la bouc ignominieuse? ... Des jeunes gens, des étudiants ont déambulé en monômes. Oü Yas-tu, jeunesse? Sommes-nous en face d'une erreur judiciaire? Les éléments nouveaux apportés par M. Mathieu Dreyfus - et qui font Esterhazy l'auteur du bordereau - tendent à le prouver. En tous cas, nous sommes en face d'un jugement monstrueux, rendu en dehors des lois. Cela peut justifier l'émotion des consciences avides de liberté. Nous sommes en face de mensonges. On a menti, en instituant pour Dreyfus un simulacre de justice, puisqu'on ne le jugeait pas: il était condamné d'aYancc, dit-on, sur picccs secrètes, dont la din1lgation aurait pu entraîner des dangers extcrieurs : il s'agirait de pièces dérobées dans une ambassade. On ne la craignait donc pas, la guerre, en faisant dérober ces pièces? Le livre de Mi\!. Lailler et Vonovcn a paru quelques mois trop t6t. Il aurait pu enregistrer un singulier état d'esprit, en ce qui touche aux choses de la justice, sous la troisicrne République. JEAN AJALBERT.

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