La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

L'ERREUR JUDICIAIRE ment, les crachats et les cris ignobles de la foule au condamné. La loi est la loi, disais-je:\. peu près. Elle a condamné Dreyfus:\. la dégradation : elle ne l'a pas condamné aux huées de la tourbe hurlante, à cette tragique cérémonie. On se déconne, a la Roquette, lorsque parait le condamné à mort. Cruels badauds de l'exécution de Dreyfus, vous n'avez qu'a vous découvrir. Je payai cher le fait d'avoir rappelé la loi, la justice. Voici que, bientôt aprés la condamnation de Dreyfus, à huis-clos, par des juges militaires, de nobles protestations s'élèvent. On prouYe que le bordereau, a propos duquel Dreyfus a été condamné, n'est pas <le lui. Le colonel Picquart, qui avait suivi les séances du conseil de guerre, s'aperçoit, après la condamnation du Juif, que les Jitites continuent. Dans un élan de conscience, il se passionne; l'innocence <le Dreyfus vient :\ son esprit, il se précipite vers ses chefs, leur communique ses doutes - et ses documents. Le général Ganse, le général de Boisdeffre l'accueillent un instant. Mais ils se retirent Yite - non sans toutefois avoir laissé des traces de leurs doutes entre les mains du colonel. Comme les juges qui, dans l'affaire de Pierre Vaux ou de Cauvain, intimidaient les témoins en leur criant: « Nous saurons bien Y0US faire revenir sur vos dépositions », ceux-ci, après réflexion, pensent que la condamnation d'un innocent ne Yaut pas tant de tumulte. Énergiquement, ils commandent a l'inférieur : « r ...... -nous la paix; cc n'est pas vous qui êtes à l'ile du Diable, s'cré ... de D.... » Et comme le colonel demeure effaré, on en profite pour l'expédier a Bordeaux, a Marseille, a Tunis, d'où l'on veut l'expédier aux parages où Morès trouva la mort ! Heureusement, il y avait là-bas un général qui ne comprit pas, refusa de commander ce départ à la mort. Et, ainsi, il reste un tcmoin dangereux que, devant la campagne de )'Aurore, il a bien fallu convoquer. C'est un militaire, malheureusement. Il semble qu'on lui ait donné la consigne de se taire. Il se tait. L'affaire en est là. Dreyfus est-il innocent? Je n'en sais rien du tout. Mais je sais qu'il a été condamné par un conseil de guerre - la plus honteuse des justices, a huis-clos. Je sais que la pièce pour laquelle il fut condamné n'est pas de lui. Esterhazy accusé trouve que • cela ressemble d'une façon effrayante a sa propre écriture. Je sais qu'un gouvernement republicain invoque la raison d'État : Dre.yfus aurait été condamné sur des pièces non communiquees a la défense. Cela me suffit. Et cela comporte tous les éléments de l'erreur judiciaire. Et cela s'est toujours passé ainsi. On voit les attitudes les plus extravagantes. Dans l'emportement de la passion politique, un Rochefort, qui sait a quoi s'en tenir, pourtant, sur les conseils de guerre, n'admet pas qu'on mette en doute l'infaillibilité d'un Billot, d'un Du Patty de

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