La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

\ LES ROUTES LES ROUTES Dans la poussière et le soleil des routes neuves Si le regret te suit des sentiers d'autrefois, Ah! prends ma main, et viens sur la colline, et Yois, Vois les routes courir ainsi que de beaux fleuves. Je connais les retours du rêve aux vierges bois Où la fée appelait l'élu pour les épreuves; Comme toi j'ai pleuré près des fontaines veuves Dont les saules, jadis hantés, n'ont plus de rnix. Tu croyais, pèlerin des antiques vallées, Qu'il n'était de beauté qu'aux choses en-allées; Tu maudissais le bras le,·é, le fer brutal : Viens donc et, sous l'azur que le matin déploie, Regarde quel sillon de lumière et de joie Trace la route blonde au cœur du sol n:nal. Gloire aux routes, aux mille routes qui, sur terre, Semblent parfois, a,·ec les lacs et la rivière, D'une aube inattendue illuminer le ciel ! Gloire aux routes des nuits roulant du clair-de-lune, Pour que sourie encor le vieux fùt solennel Exilé des matins par sa frondaison brune! Les routes portent la nouYelle de beaux jours. Elles vont réveiller l'indolence des bourgs Au carillon de leurs aurorales sonnailles. A leur appel d'amour tomberont les murailles, Et, dans l'écroulement des portes et des tours, Les cités fêteront d'immenses épousailles.

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