La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

A PROPOS DU MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE 329 celui-ci (I). En France, les représentants les plus autorisés du parti ouvrier, Lafargue, Jules Guesde et Gabriel Deville ·se sont efforcés de concilier, dans le célèbre programme de Nantes -- si durement critiqué par Engels - leur absolutisme théorique et leur relativisme pratique. Plus récemment Bonnier, dans la préface de son étude sur ln Question de la Femme, déclare, à son tour que« l'idée socialiste, qui est passée par les deux stades de la foi ( ou utopie), de la concentration ou poussée (lutte de classe), arrive maintenant au debut de son troisième avatar : l'adaptation n (2). De même encore, en Italie, ceux de nos amis qui s'occupent spécialement de la question agraire, Luigi Einaudi, par exemple, dans ses remarquables articles duDeve11irsocial (3), et Gerolamo Gatti, dans son rapport au congrès socialiste de Bologne ( r 8-20 septembre 1897), mettent le parti socialiste en garde contre les généralisations hâtives, les conclusions prématurées, et en arrivent à dire que les thèses de Marx, au sujet de la concentration agricole, sont tres contestables (4). Chaque fois que l'une ou l'autre de ces affirmations se produit, chez ceux-là mêmes qui se réclament plus particulièrement du marxisme, certains de nos adversaires ne manquent pas de crier à la faillite, à la banqueroute du socialisme scientifique. A l'exemple de Bossuet, argumentant contre les Églises protestantes, ils prennent texte de ces variations des ecoles socialistes pour opposer triomphalement l'immutabilité de leurs dogmes à la constante évolution de nos doctrines. Peut-être feraient-ils mieux de mcditer cette parole de Gœthe : « Dans le mouvement et le devenir, il n'y a point de halte; la nature a suspendu ses malédictions sur l'immobilité. n Quelle que soit notre admiration pour une œuvre ou pour une doctrine, cela ne doit pas énerver notre sens critique. Le Manifeste n'est pas un catéchisme. C'est en toute liberté d'esprit qu'il importe de soumettre, incessamment, au contrôle des faits, pour les rejeter, les confirmer ou les élargir, les thèses que nos propagandistes lui empruntent et que beaucoup d'entre eux considèrent comme de véritables axiomes à l'abri de toute controverse. • Telles sont, notamment, les suivantes : 1° « L'ouvrier moderne, loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même du niveau des conditions de sa propre classe. Le travailleur ·tombe dans le paupé- (1) Der Kampf der Sozialdemokratie und die Revolution der Gesellschaft, Nwe Zeit, 22 janvier 1898. (2) La question de la femme, p. 2, Paris, Giard et Brière, 1897. (3) Les formes et les transformations de l'économie agraire du Piémont, le Devenir sociat, avril 1897. (4) Le Parti socialiste et les classes agricoles en Italie, Revue Socialiste, février 1898, pp. l 3S et S.

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