La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

328 LA REVUE SOCIALISTE c'est prononcer son oraison funèbre. » Le suffrage universel était mutilé en France, supprimé en Allemagne, repoussé en Angleterre. Quant au Manifeste, publié d'ailleurs à un nombre restreint d'exemplaires, il n'avait pas tardé à devenir une rareté bibliographique. C'est seulement en 1872 - un quart de siècle aprcs sa premiere apparition - que, réimprimé en Allemagne, bientôt traduit, ou retraduit, dans toutes les langues européennes, il commença triomphalement son tour du monde et devint, suivant l'expression d'Engels, la publication la plus répandue, la plus internationale, de toute la littérature socialiste moderne. Aujourd'hui l'on peut affirmer qu'il n'est littéralement pas un seul prolétaire socialiste qui, directement ou indirectement, par la propagande écrite ou orale, co.nsciemment ou inconsciemment, sans avoir peut-être jamais entendu parler du Manifeste, ne soit imprégné de ses théories. Elles se retrouvent, plus ou moins développées, précisées, ou déformées, dans des milliers de productions ultérieures. Elles constituent le fonds commun de tous les programmes socialistes, de toutes les brochures de propagande, répandues ides milliers d'exemplaires, dans tous les pays oü la classe ouvrière combat pour son émancipation. Mais, pendant qu'elles se propagent, de toute la vitesse acquise, dans les milieux prolétariens, il se manifeste depuis quelque temps, chez un grand nombre d'écrivains socialistes, une incontestable tendance à réagir contre ceux qui voudraient en faire des articles de foi, des formules rigides et inflexibles, universellement et constamment applicables à toutes les situations locales et particulières, a tous les degrés du devenir social. L'Europe d'aujourd'hui ne ressemble plus à celle de Guizot et de Mctternich. L'association ouvrière et l'association capitaliste ont transformé le monde industriel et sont en voie de révolutionner l'agriculture. Le socialisme lui-même, après avoir conquis la majeure partie du prolétariat urbain, contemple maintenant des horizons plus vastes, les terrareincognitace des campagnes, avec leurs archaïques systèmes de production et d'échange, déformés, mais non encore transformés, ou supprimés, par le capitalisme. Aussi n'est-il pas étonnant que, devant ces problèmes nouveaux, d'une complexité toujours croissante, les solutions anciennes soient mises en question, les formules, si longtemps incontestées que d'aucuns les croient intangibles, livrées à la critique de ceux qui considèrent les faits comme plus respectables que les plus respectables autorités. Dans un article récent de Neue Zeit, notre ami Édouard Bernstei~ émet l'opinion que le meilleur moyen de célébrer le cinquantième anniversaire du Manifeste, serait de rechercher dans quelle mesure le développement réel des choses, s'est écarté des prévisions de

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