La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

, I 324 LA REVUE SOCIALISTE nos désastres. Un diplomate américain,·qui estun·arni de notre pays, et qui n'a certes pas formulé cette opinion saris tristesse, écrivait récemment : « La France tombe lentement au rang des puissances de second rang.» Faut-il voir dans cette assertion une erreur, une exagération? Il est certain que les ministères de Hanotaux nous ont coûté aussi cher qu'une campagne malheureuse. Le parti socialiste n'a pas combattu l'entente franco-russe dans son principe; il eût voulu qu'elle fût un contrat d'égalité, qu'elle ne devînt pas pour nous la source d'humiliations et d'abdications sans nombre, qu'elle ne nous écartât pas des traditions généreuses restées notre consolation et notre honneur. Il a surtout protesté contre l'obscurité qu'on entretenait autour de ce pacte, et qui nous apparaît ·comme une violation du droit primordial de la démocratie. Hanotaux a exigé en sa faveur une prérogative nouvelle; il s'est soustrait à tout contrôle; demain, après demain, les engagements qu'il a passés avec la Russie pE;uvent nous jeter dans une conflagration européenne; c'est au dernier moment que nous connaîtrons les promesses échangées, à l'heure où dans l'affolement des esprits, dans la surexcitation des passions, la réflexion devient malaisée et périlleuse. Combien de fois nous avons réclamé vainement la communication du soi-disant accord dont on a prétendu nous révéler l'existence, lors des fameux toasts du Pothuau, l'été 1897 ! De l'interpellation adressée au cabinet par Millerand en .juin 1895, à la question qu'il posait encore en février 1898, lors du débat sur le budget des affaires étrangères, aucune occasion n'a été négligée pour forcer le ministre du quai d'Orsay à s'exprimer; il s'est replié dans un silence hautain, froissé qu'un représentant du proléta- - riat ouvrier osât l'interroger. Au ·fond, son attitude était explicable, il savait bien qu'il ne courait aucun risque, et qu'il trouverait toujours ,une majorité servile pour le couvrir. Qu'on y prenne garde: il ne s'est jamais rencontré à la Chambre plus de quatre-vingts ou cent voix pour condamner les empiétements de Hanotaux sur les attributs des députés de la nation. Aucun symptôme n'est plus grave. En abandonnant la direction de ses affaires au dehors, l'opinion publique a consacré une mutilation de son droit souverain. Cette politique étrangère, monopolisée par un homme omnipotent et. sans contrôle, nous avo~s à peine besoin d'en rappeler les dou- . loureuses vicissitudes. L'alliance russe qui a drainé nos millions - mais ceci regarde surtout nos banquiers, - nous a conduits d'abord à la démonstration de Kiel où l'escadre française est venue saluer le pavillon • de guerre de l'Allemagne. Elle a failli nous jeter·_ on sait trop pourquoi . aujourd'hui - dans un conflit armé avec le Japon. Il fallait bien préoarer à la Russie l'occupation de Port-Arthur dans le Petchili, à !'Alle-

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