LA REVUE SOCIALISTE La grâce de Pierre Vaux - mort innocent quatorze ans avant à Cayenne ... Et ceci nous amène à parler de la justice en matière politique, et de la difficulté de la revision des procès iniques. « Il n'y a pas de justice en politique. » Cela est écrit, cela a été dit, en séance, à la tribune. Mais cela n'avait pas besoin d'être écrit ni proclamé; cela est. Pourtant, ils sentent tous tellement que la justice est tout en ce monde qu'ils ne peuvent se passer du simulacre de la justice. Ils font mine de juger-avec des arrêts rendus d'avance. Même les soldats entendent se mettre à l'abri de la justice : ils s'intitulent cours martiales et conseils de guerre - pour assassiner. Et quand ils sont le gouvernement, ils parodient encore la_justice, en interrogeant un accusé, en lui donnant un avocat, en instituant des expertslosque cela ne doit servir de rien- puisqu'ils ont la raison d'État! Ici, il ne s'agit plus d'erreur judiciaire, car l'on n'a pas voulu de jugement. Les exécutions ne sont pas des procès. Voltaire l'a magnifiquement démontré dans tant de plaidoyers pour des victimes des passions religieuses ou politiques, les Calas, les Sirven, les' Lally-Tollendal, etc. Voltaire! un nom que l'on pourrait inscrire au-dessous du Christ, dans les prétoires! Les erreurs judiciaires! Soit. Errare bumanum est. Acceptons qu'il s'en puisse produire, fatalement! Mais comment ne point être affolé d'horreur devant les effroyables empêchements à leur reconnaissance : je ne parle pas des empêchements juridiques, limités du moins, mais de la résistance, criminelle, ou simplement stupide des hommes. Comme dans les procès Pierre Vaux ou Cauvain (lire le mémoire de Me Décori), c'étaient les juges mêmes qui ne voulaient pas admettre la possibilité d'une erreur. Ils menaçaient les témoins nouveaux. « Il faut surtout que rien n'autorise l'opinion à entrer dans une voie de revision au bcnéfice du procès de Pierre Vaux », écrivait le procureur impérial au juge de paix qui recevait impartialement toutes les depositions à charge ou à décharge. On sait comment Pierre Vaux avait été condamné, plus par la passion des juges que par l'apparence même de vérité des faits. Ainsi de Calas et de Sirven, victimes du fanatisme catholique. L'affaire Dreyfus nous fournit un exemple de cette résistance à l'explosion de la vérité. Loin de Paris, depuis deux ou trois ans, je ne sais rien que ce qui a paru dans les journaux. J'ai lu le procès en son temps. Un capitaine avait trahi; je n'ai pas douté des~ culpabilité. Le jour de la dégradation, une foule, stimulée par l'antisémitisme, est allée insulter cet homme, lui cracher au visage. J'ai écrit, à cc moment, au Gil Blas, un article qui m'a valu naturellement la froideur de mes directeurs - où je m'élevais simplement contre ce supplément de châti-
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