La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE deux parties du projet, se déjugea sur l'ensemble et le rejeta par 282 voix contre r86. Un mois aprés, en février 1894, le gouvernement poussant toujours plus loin dans la voie du protectionnisme, invita le Parlement a porter à 7 francs la taxe douaniére des blés. Jaures défendit un texte qui attribuait à l'État le monopole de l'importation du froment, et qui était libellé en ces termes : « L'État seul a le droit d'importer des blés étrangers et des farines étrangcres; il les revendra a un prix fixé tous les ans par une loi. Il vendra les farines à un prix calculé sur le prix du blé et déterminé aussi législativement. » Jaures entendait ainsi, d'une part, sauvegarder les intérêts du producteur; de l'autre, protéger ceux du consommateur, tout en frappant la spéculation. Du monopole de fait établi par la concentration du capital au profit de quelques-uns, il voulait faire un monopole de droit au profit de la collectivité. Il n'eut que 59 voix. Le 23 janvier 1897, le cabinet Mcline, pour complaire aux raffineurs et grossir démesurément leurs revenus, propose d'établir des primes d'exportation : négligeant les droits du public, il compense cette dépense nouvelle du trésor pa~ une surtaxe des sucres consommés au dedans. Notre parti a combattu pied a pied ce dispositif qui a signalé avec une netteté presque sans précédents l'omnipotence de la haute industrie. - Jaurès soumet d'abord un texte organisant un monopole d'État de la raffinerie. Il insiste sur cette notion qu'il n'y a point la un acte de socialisme, mais un simple expédient; il dénonce les scandaleux bénéfices des sucriers ; 82 voix se !évent en faveur de sa motion. Nos amis continuent la lutte. Guesde demande qu'on dresse un tableau des profits de la raffinerie dans les trois derniéres années : rejeté par 367 voix contre 137 ; Jaurès revient a la charge, pour décourager la spéculation, et veut limiter le bénéfice de la loi déja adoptée aux sucres produits depuis le 1er février 1897 : aprés un instant d'espoir, il est encore battu. L'oligarchie industrielle est victorieuse. A la fin du débat sur le renoutellement du privilége de la Banque, déja retracé plus haut, Jaurès a préconisé l'institution d'une grande banque centrale agricole. Cet établissement, dont le besoin apparaît si clairement et que tant de travailleurs ruraux réclament, eût escompté le papier aprés avis d'un conseil cantonal élu : le capital eût été constitué a l'aide d'avances en billets prêtés par les guichets de la rue de la Vrilliére. Aucune initiative ne pouvait, ne devait être mieux accueillie. •Dans une Chambre où chacun se pique de âéfendre les intérêts agricoles, 109 députés seulement se prononcérent en faveur de cette création. Méline, « le père de l'agriculture », élevé si haut par l'enthousiasme de commande des grands agrariens, ne prit la parole que pour

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